Economie

 Souveraineté monétaire : quand financer, c’est déjà gouverner

Dans son manifeste, la Révolution Progressiste Populaire du Burkina Faso pose une vérité brutale, mais lucide : « celui qui finance oriente ; et celui qui oriente gouverne ». Cette formule n’est pas un slogan, c’est un diagnostic politique. Elle rappelle une réalité souvent dissimulée derrière les discours de coopération et d’aide : l’argent n’est jamais neutre.

Dans un monde où les économies africaines restent largement dépendantes des financements extérieurs, prêts, aides budgétaires, programmes d’ajustement, la question n’est plus seulement économique. Elle est profondément politique. Accepter des financements, c’est souvent accepter des conditions. Et ces conditions façonnent les politiques publiques : choix budgétaires, priorités sociales, orientations stratégiques.

Ainsi, derrière chaque ligne de crédit se cache une ligne directrice. Derrière chaque appui financier, une influence. Ce que le manifeste affirme, c’est que la souveraineté ne peut être réelle tant que les leviers financiers restent entre des mains extérieures. Car celui qui tient le robinet des ressources détient aussi le pouvoir d’imposer le cap.

Revendiquer une souveraineté monétaire et financière assumée, c’est donc refuser cette dépendance structurelle. Cela implique de repenser les mécanismes de financement de l’État : mobilisation accrue des ressources internes, valorisation des richesses nationales, réforme des systèmes fiscaux, et surtout, reconquête des instruments monétaires.

Ce positionnement n’est pas sans défis. Il exige rigueur, discipline économique et capacité d’innovation. Mais il traduit une ambition claire : replacer la décision économique entre les mains du peuple burkinabè et de ses institutions.

En filigrane, c’est une redéfinition du pouvoir qui est proposée. Gouverner ne consiste plus seulement à administrer, mais à maîtriser les sources mêmes de la décision. Et dans cette situation, l’indépendance financière n’est pas un luxe, c’est une condition.

Car au fond, la question est simple : peut-on réellement décider librement lorsque l’on dépend financièrement des autres ? La réponse du manifeste est sans équivoque.

Drissa TRAORE de Soumeyla

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