Société

Issouf Soulama, journaliste à propos de sa vie de retraité : « Je me suis simplement retiré dans mon Niangoloko natal que j’adore bien »

L’homme n’est plus à présenter. Issouf Soulama, journaliste à la Radio Bobo, puis à la Télévision Nationale, il est connu de milliers de Burkinabé qui ont suivi les nombreux journaux parlés qu’il a présentés sur RTB, la chaine nationale. L’homme est à la retraite depuis 2013 mais est très actif dans la vie de sa commune, Niangoloko qu’il dit porter dans l’âme. En effet, aucune manifestation d’envergure ne s’y déroule sans qu’on y aperçoive Issouf Soulama aux côtés des siens. Wangola Médias a voulu savoir comment il mène sa vie de retraité et sans détour aucun, le doyen s’est prêté volontier à cet exercice. Il aborde également dans cette interview la lutte contre le terrorisme et souhaite par-dessus tout que le Burkina Faso ne vive plus jamais ce qui s’est passé en Octobre 1987.

Wangola Médias : Bonjour doyen Issouf Soulama, cela fait un peu plus d’une dizaine d’années que vous êtes à la retraite. Dites-nous comment cette vie de retraité se mène chez vous ?

Issouf Soulama : Bonjour et merci à votre organe Wangola Médias de vous intéresser à ma modeste personne. En tant que Doyen, je suis de près ce que vous produisez quotidiennement et je vous dis tous mes encouragements à continuer dans l’œuvre que vous avez entreprise. Ceci dit, Issouf Soulama, c’est 36 ans de service dont 13 ans de radio et 23 ans de télévision. Je suis arrivé à Banfora en 2012 comme Directeur régional de la communication.  Et le 20 janvier 2013, j’ai pris ma retraite. Je rends grâce à Dieu pour m’avoir donné cette opportunité, pour m’avoir accordé d’abord cette grâce, cette chance d’aller à la retraite et de me porter bien. Et je ne me suis pas posé mille et une question, je me suis simplement retiré dans mon Niangoloko natal que j’adore bien, que j’aime bien, après tant d’années passées en ville à Ouaga et Bobo-Dioulasso. Puisqu’à Ouaga, j’ai même chez moi aux 1200 logements. J’ai dit aux enfants de rester là-bas, papa se retire à Niangoloko.

« Le 20 janvier 2013, j’ai pris ma retraite. Je rends grâce à Dieu pour m’avoir donné cette opportunité, pour m’avoir accordé d’abord cette grâce, cette chance d’aller à la retraite et de me porter bien ».

Justement, dites-nous pourquoi vous avez décidé de regagner Niangoloko le village natal ?

Je viens à Niangoloko, c’est pour un objectif précis.  Quand j’étais en activité, je m’étais dit que si Dieu m’accorde la santé, la vie et la retraite, j’ai un domaine que je veux aménager. Un domaine de 15 hectares que j’ai commencé à préparer petit à petit. Tout d’abord, en faisant une délimitation du domaine avec des eucalyptus pour que ce soit vu et su de tout le monde que c’est mon domaine et que maintenant que je suis à la retraite, je vais emménager dedans.

Qu’avez-vous fait dans ce domaine, certainement que beaucoup veulent vous emboîter le pas ?

Alors ce que j’ai fait dedans, il faut dire qu’en 2013 quand je suis arrivé, c’était la première année, j’ai sollicité les parents, ils sont venus débroussailler et labourer comme on le faisait par le passé avec la grosse daba au rythme du balafon et, cette année-là, j’ai commencé. J’ai fait du sésame mais tel n’était pas mon objectif précis. Mon objectif c’était de m’abandonner à l’arboriculture qui consiste à planter utile. J’ai planté des anacardiers pour ne pas dire, j’ai semé la noix de cajou. Ce qui devrait germer l’a été et au jour d’aujourd’hui, je me retrouve avec 9 hectares d’anacardiers.

Et comment se présente le domaine de nos jours surtout dans sa partie mise en valeur ?

 Alors la répartition est faite de la sorte : les premiers arbres sont à leur 13e année puisque que nous sommes en 2026 sachant que je suis revenue à Niangoloko en 2013. Dans la seconde partie, les arbres sont à 10 ans et la troisième partie à 8 ans tandis que la quatrième partie à 5 ans et la dernière partie des arbres, 3 ans. Mais le domaine n’est pas totalement ou disons entièrement aménagé. Voilà et comme j’aime la brousse, j’ai laissé une partie du domaine sous forme de forêt et il m’arrive des fois de rentrer, de m’y promener et d’écouter les chants des oiseaux et des perdrix et tout cela me procure de la joie.

Après autant d’années de services, à présent que vous êtes au repos, quels conseils avez-vous à l’endroit de la génération qui est en train de prendre la relève dans le dans le métier de la presse ?

Alors dans le métier de la presse, c’est d’abord être soi-même. On dit que le journalisme peut conduire à tout à condition de pouvoir s’en sortir. Il faut écouter les anciens.  Quand nous sommes arrivés dans ce corps de métier, j’ai mis pied d’abord à Radio Bobo le 11 novembre 1976 après un test de recrutement. On voulait trois personnes et c’était moi, Napon Boubacar et Bambara Pauline. Ensuite, chemin faisant, on a gravi des échelons, on est devenu ce que nous sommes. Ceci pour dire à la jeune génération d’être patiente et d’être professionnelle. Nous avions bénéficié de l’encadrement de nos aînés. Si je cite le cas de Radio Bobo, des aînés comme Koné Kasimir Césaire, François-Xavier Sanon et Ouattara Mathias pour ne citer que ceux-là, Jean-Baptiste Ilboudo qui a été mon premier directeur à Radio Bobo, il est toujours en vie. Alors, ils nous ont encadrés, ils ont voulu que nous soyons de vrais communicateurs, de vrais journalistes. Et ils s’y sont mis et nous avons été ce que nous sommes aujourd’hui. Et quand nous nous sommes retrouvés après des années de formation à l’ISTIC, moi, je suis parti à la télé où j’ai continué à bénéficier de l’encadrement de certains aînés tels Simon Ilboudo, paix son âme, Baro Adama qui est là, Souleymane Compaoré qui est encore vivant. Tous ces aînés ont été très attentionnés à notre endroit et nous avons suivi leurs conseils et je crois que ça a donné ce que ça devait donner. On ne regrette pas d’être devenu ce que nous avons nous sommes aujourd’hui. C’est pourquoi je conseille à la jeune génération d’être très très très très très très attentive, à l’écoute des conseils des aînés. C’est très important.

« Dans le métier de la presse, c’est d’abord être soi-même »

Doyen à présent une question d’actualité, vous êtes basés ici à Niangoloko, une localité qui a vécu les durs moments du terrorisme. Dites-nous comment vous avez vécu ces instants. Vous n’avez pas quitté, vous êtes restés sur place depuis ?

Je suis resté à Niangoloko malgré les bruits des canons. Mais il vaut mieux mourir là où tu es né. Ça te glorifie. Nous sommes restés là tout en priant le bon Dieu et les mânes de nos ancêtres de veiller sur nous tels que nos parents le faisaient avant, parce que mon papa, paix à son âme était un notable incontournable à Niangoloko. Je suis ses traces et je respecte certaines conduites qu’il nous a édictées dès notre enfance. Pour revenir à votre question, je dois dire que nous avons vu nos parents des villages environnants qui, toute activité cessante, nous ont rejoint à Niangoloko. Ce n’était pas du tout facile. Moi dans ma cour, il y avait près d’une trentaine de personnes ; hommes, femmes, enfants et animaux. Ce n’était pas facile.

Aujourd’hui la vie est revenue à la normale. Selon vous, est-ce qu’il y a de l’espoir quant à la victoire du Burkina Faso sur les forces du mal.

Elle est certaine. On est presqu’au bout du tunnel parce qu’être Burkinabè, c’est être digne, être burkinabè, c’est de combatif, être burkinabè, c’est être convaincu de ce que nous sommes et de notre victoire. Mais nous sommes frontaliers avec la Côte d’Ivoire, qui se trouve à une vingtaine de kilomètres. Il ne faut pas dormir sous les lauriers. Soyons vigilants et restons éveillés.

« Ce qui est arrivé en 1987 au temps du CNR, plus jamais au Burkina »

Quelles sont vos prières pour les autorités Burkinabè actuelles ?

Mes prières vont d’abord à l’endroit de la première autorité, le Capitaine Ibrahim Traoré, notre enfant, notre fils courageux, qui a sacrifié sa jeunesse pour ce pays. Ensuite mes bénédictions vont l’endroit de ses compagnons qui, tout comme lui ont sacrifié leur jeunesse pour ce pays. Ils ont dit adieu aux boîtes de nuit, ils ont dit adieu aux artifices de la vie pour sauver ce pays pour qu’il soit ce qu’ils veulent qu’il soit et qu’il soit à notre désir. Alors, on ne peut que souhaiter leur cohésion, leur entente. Ce qui est arrivé en 1987 au temps du CNR, plus jamais au Burkina. Plus jamais ça au Burkina. Plus jamais ça au Burkina. Je le répète trois fois. Qu’ils restent soudés et toutes nos prières les accompagnent. Que Dieu et les mânes de nos ancêtres de ce pays de nos différentes ethnies les accompagnent dans leur œuvre. La partie ou la mort, nous vaincrons !

Entretien réalisé par Go Mamadou TRAORE à Niangoloko pour Wangola Médias

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