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Dans la cité du paysan noir, le griot a cette semaine écourté son séjour. Non pas parce que les habitants lui ont refusé l’hospitalité légendaire des Tannounyan, mais parce que cette fois ci, son logeur peinait à lui garantir un séjour agréable comme il en a l’habitude. En effet, à Banfora il est devenu difficile ces temps-ci de trouver certaines commodités. Oui, cela relève presque de l’exploit.

Le premier casse-tête du griot fut la bière. Sa marque préférée semblait avoir disparu des rayons et des maquis. Pour espérer mettre la main sur quelques bouteilles, il fallait parcourir plusieurs établissements de débit de boissons, traverser des quartiers entiers et parfois revenir bredouille. Dans certains maquis, les gérants avaient tout simplement fermé leurs portes, faute de stocks. Même les boissons habituellement délaissées étaient devenues rares. Les consommateurs se rabattent alors sur les rares maquis encore approvisionnés, sans vraiment savoir combien de temps cette résistance tiendra.
Dans une cave de la place, le spectacle était tout aussi saisissant. Les employés, bras croisés, scrutaient l’entrée de la ville avec l’espoir de voir surgir un camion d’approvisionnement. Mais les heures passaient sans la moindre livraison. L’heure était à décrocher les coups de fil intarissables des clients qui, à l’autre bout, entendaient la même rengaine. « Dès qu’un camion rentre, nous vous tenons au courant, vu que nous sommes voisins ou encore vu que vous êtes notre client préféré ».

Comme si cela ne suffisait pas, le gaz butane manque également. L’épouse du logeur du griot a dû ressortir le vieux fourneau à charbon et raviver le foyer à trois pierres. À chaque arrivée de camion, d’interminables files se forment, mêlant ménagères, tricycles et camions venus des contrées lointaines.
Face à cette situation, le griot a discrètement invoqué des cérémonies coutumières pour prendre congé. Depuis, il contemple de nouveau, auprès des siens, les collines paisibles de son quartier.
Wangola Médias


