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Héritier d’une longue tradition familiale, Dozoba Abdoulaye Soma vit au secteur 3 de Banfora, o il perpétue le savoir-faire transmis par son père et ses ancêtres. Dans cet entretien accordé à Wangola Médias, il =revient sur les fondements de la tradition dozo, les connaissances liées à la brousse et à la faune, ainsi que sur le rôle social et sécuritaire des membres de la confrérie. Tout en déplorant certaines dérives qui ternissent leur image, il appelle les dozos, particulièrement ls jeunes, à renouer avec les valeurs d’intégrité, de sagesse, de solidarité et de cohésion sociale
Wangola Médias : Présentez-vous à nos lecteurs.
Dozoba Abdoulaye Soma : Je suis Dozoba Abdoulaye Soma, domicilié au secteur 3 de Banfora, où je vis depuis ma naissance dans la tradition dozo. J’ai hérité de cette pratique de mon père, qui lui-même l’avait reçue de son père, notre grand-père. Je peux donc dire que je ne suis pas un inconnu à Banfora, dans la région des Tannounyan et même à l’échelle nationale. Cette notoriété, je la dois en grande partie à mon défunt père, Dozoba Dramane Soma, que beaucoup de personnes ont connu et côtoyé. À son époque, l’une des principales activités des dozos se déroulait en brousse, notamment à travers la chasse. Mon père était l’un des meilleurs chasseurs de la contrée. À Banfora, de son vivant, je ne voyais personne qui pouvait véritablement rivaliser avec lui dans ce domaine. C’est cet héritage que nous avons reçu et que nous nous efforçons de préserver. Avec mes confrères, nous poursuivons le chemin tracé par nos devanciers, bien entendu sous l’encadrement des autorités compétentes.
Wangola Médias : Qui appelle-t-on dozo dans la tradition burkinabè ? Pouvez-vous nous éclairer sur cette question ?
Dozoba Abdoulaye Soma : M’bon ! Pour moi, le dozo est avant tout un cultivateur et un producteur. Pour être un véritable dozo, il faut savoir produire et être capable de subvenir à ses besoins. C’est ainsi que vivaient nos parents et nos grands-parents. Ils possédaient des champs qu’ils exploitaient pour nourrir leurs familles, tout en pratiquant la chasse.
Le dozo est également un connaisseur de la brousse. Celle-ci n’a pratiquement aucun secret pour lui. Il connaît les arbres, les plantes et leurs différentes utilités. Ainsi, lorsqu’une personne traverse une situation difficile, les connaissances du dozo peuvent, selon les cas, lui permettre de trouver un soulagement ou une solution.

Wangola Médias : Cela signifie-t-il que la brousse et la forêt renferment des essences capables de soulager les souffrances de l’homme ?
Dozoba Abdoulaye Soma : Vous l’avez si bien dit. La brousse renferme de nombreuses essences utiles à l’homme. Le dozo qui en possède la connaissance peut les utiliser pour contribuer au bien-être de ses semblables. Certaines personnes viennent nous consulter pour mettre davantage de chances de leur côté dans leurs entreprises. D’autres recherchent la santé, le mieux-être ou encore une protection contre ce qu’elles considèrent comme de mauvais sorts. Il y en a également qui sollicitent des protections contre les armes. Dans la tradition dozo, on considère que le dozo est détenteur de connaissances et de pouvoirs particuliers. Cependant, vous remarquerez que les véritables dozos ne portent pas nécessairement beaucoup d’amulettes. Selon nos croyances, certains ont été soumis à de nombreuses préparations traditionnelles à base de feuilles et de racines, au point de considérer qu’ils ont atteint un niveau particulier de protection. Ces hommes ne cherchent pas forcément à s’enrichir financièrement. Ils mettent plutôt leurs connaissances au service de leurs semblables, qui, en retour, leur témoignent leur reconnaissance et leur apportent leur soutien. En somme, beaucoup de personnes se confient aux dozos.
Wangola Médias : Comment devient-on dozo ?
Dozoba Abdoulaye Soma : Pour dire vrai, seuls les hommes sages peuvent devenir de véritables dozos. Il faut d’abord préciser que cette tradition est, dans bien des cas, héréditaire. Toutefois, un dozo peut également faire entrer ses amis dans la confrérie afin d’en élargir les rangs. Comme je l’ai dit plus haut, je suis né d’un père dozo. Être dozo est une vocation passionnante, mais cela exige avant tout de l’intégrité. Un dozo ne doit ni tromper les autres ni trahir leur confiance. Il doit être un homme irréprochable. C’est à ce prix qu’il peut accéder aux connaissances traditionnelles relatives à la brousse et aux animaux. Malheureusement, de nos jours, certains font de cette tradition un fonds de commerce. Pourtant, nos parents n’ont jamais monnayé systématiquement leurs prestations. Dans certaines circonstances, un dozo pouvait tout au plus demander un poulet, lorsque la situation l’exigeait. Je me souviens de mon père comme si c’était hier. Il ne vendait jamais la viande du gibier qu’il rapportait de la brousse. Il en distribuait aux différentes familles du secteur 3. Pour lui, vendre la viande pouvait avoir des conséquences néfastes pour le chasseur. Jusqu’à aujourd’hui, je m’efforce de suivre cette ligne de conduite que mon père s’était imposée. Je dois également reconnaître qu’être dozo de nos jours peut être intéressant, notamment parce que les autorités s’inscrivent dans une dynamique d’encadrement et de valorisation de la confrérie. Le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, accorde une place à nos traditions et à nos valeurs culturelles. C’est un homme qui, à mes yeux, croit en nos valeurs endogènes et en la tradition dozo. C’est pourquoi le dozo doit incarner la sagesse, être un rassembleur et mériter la confiance de ses semblables. Il doit se garder de toute mauvaise intention. Selon les croyances de la confrérie, c’est en respectant ces principes qu’il peut obtenir les résultats recherchés lorsqu’il se rend en brousse. Un dozo respectueux des règles fondamentales de la confrérie ne peut invoquer les esprits de la brousse sans avoir, au préalable, observé les exigences de sa tradition.
Wangola Médias : Vous affirmez que le dozo est un homme digne de confiance. Quelle est aujourd’hui sa responsabilité au sein de nos communautés ?
Dozoba Abdoulaye Soma : Les responsabilités du dozo sont nombreuses. Elles concernent notamment la promotion de la cohésion sociale et la contribution à la sécurité des populations de sa localité. De nos jours, le chef de l’État a donné des orientations aux dozos. Il a clairement indiqué qu’ils pouvaient apporter leur soutien aux efforts de sécurisation du pays et de préservation de la paix, notamment à travers le Dankoun, auquel les dozos vouent un culte et qu’ils considèrent comme doté d’une grande puissance. Je tiens toutefois à préciser que mon âge ne me permet pas encore de disposer d’un Dankoun personnel. Jusqu’à présent, c’est donc celui de mon père que j’utilise pour mes pratiques rituelles. Cela montre que, dans la tradition dozo, il existe différents paliers qui tiennent notamment compte de l’âge. Nous honorons le Dankoun régulièrement et, à ces occasions, nous prions pour la quiétude de nos communautés. Nous prions particulièrement pour le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, pour les hommes engagés au front qui défendent l’intégrité du territoire national, pour ses collaborateurs et pour l’ensemble du peuple burkinabè. Nous n’attendons pas nécessairement que quelqu’un vienne nous solliciter pour le faire. C’est aussi cela, être dozo : être un homme épris de paix et soucieux de la tranquillité autour de lui. Je dois également préciser que, selon les croyances de certains membres de la confrérie, il existe des fétiches dont la puissance est censée permettre de démasquer ou de neutraliser les personnes animées de mauvaises intentions. Ces croyances font partie des représentations traditionnelles de certains dozos. Je pense que c’est notamment pour valoriser nos traditions que le président Ibrahim Traoré accorde de l’importance à nos valeurs culturelles. Malheureusement, les véritables connaisseurs de la tradition semblent aujourd’hui moins nombreux. Beaucoup de personnes se méfient désormais des dozos, et je reconnais que certaines attitudes peuvent justifier ces réserves. Il m’arrive même d’avoir honte de me présenter comme dozo, malgré le fait que je sache que beaucoup de mes confrères, comme moi, respectent les règles de la confrérie. De nos jours, même des jeunes qui ne maîtrisent pas suffisamment les enseignements traditionnels se réclament dozos. Certains vont jusqu’à se livrer à des querelles, oubliant l’appel du président du Faso à l’unité et à la mobilisation pour la reconquête du territoire national. Il y en a qui se battent pour occuper des postes de responsabilité ou s’imposer comme chefs, alors que ce n’était pas ainsi du temps de nos parents. Le chef d’une confrérie dozo n’a pas nécessairement besoin de posséder des pouvoirs particuliers pour être respecté. À l’époque de mon père, le chef de leur confrérie ne savait même pas abattre un gibier. Pourtant, c’était lui le chef, parce qu’il était un homme de parole. Lorsqu’il s’exprimait, tout le monde l’écoutait.

Wangola Médias : Vous l’avez effectivement souligné, certains dozos ont déçu par leur comportement, au point que la confiance semble s’être rompue entre eux et une partie de la population. Selon vous, peut-on toujours faire confiance aux dozos ?
Dozoba Abdoulaye Soma : En tout cas, ce que je peux vous dire, c’est que les dozos conservent toujours leurs valeurs d’antan. La vérité et l’intégrité demeurent au cœur de cette confrérie. Il appartient cependant à la population de savoir reconnaître le véritable dozo et de faire la différence entre celui qui respecte les règles de la tradition et celui qui s’en réclame sans en observer les principes. Certains ont osé transgresser ces règles et, selon les croyances de la confrérie, ils en ont subi les conséquences. D’aucuns sont devenus fous, tandis que d’autres sont morts prématurément. Cela dit, je comprends que certaines personnes doutent aujourd’hui des dozos, au regard des comportements qu’elles ont pu observer. Mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Être dozo, c’est connaître la brousse et les animaux, mais c’est aussi savoir venir en aide aux personnes en difficulté. C’est surtout être digne de confiance et se conduire de manière à mériter le respect de la communauté.
Wangola Médias : Quel message adressez-vous à tous ceux qui se réclament dozos afin de contribuer au rayonnement de cette noble tradition des connaisseurs de la brousse et de la faune ?
Dozoba Abdoulaye Soma : Mon appel s’adresse particulièrement aux jeunes qui souhaitent embrasser cette noble tradition. Ils doivent comprendre qu’être dozo n’est pas une mince affaire. De nos jours, beaucoup s’y intéressent simplement parce que cela leur plaît, sans toujours mesurer les exigences qui accompagnent cet engagement. Je leur demande humblement de se rapprocher de ceux qui les ont initiés, d’apprendre auprès d’eux et de respecter les enseignements reçus. Être dozo, c’est connaître la brousse, les plantes et les animaux. C’est également savoir quels animaux doivent être protégés, conformément aux dispositions prises par les autorités. (Rires.) Aujourd’hui, le Burkina Faso est engagé dans une dynamique de réveil des consciences et de Révolution progressiste populaire (RPP). À mes yeux, notre pays est une terre bénie, et son évolution suscite de l’intérêt bien au-delà de nos frontières. Nous devons donc préserver nos valeurs culturelles, les promouvoir et les transmettre aux générations futures. Je tiens également à saluer le leadership du président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, pour l’intérêt accordé à nos traditions et à nos valeurs culturelles.
Interview réalisée par Go Mamadou TRAORE
Wangola Médias



