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À la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations Unies, Emmanuel Macron a défendu avec force le multilatéralisme, le droit international et la souveraineté des États. Il a notamment dénoncé le retour de « l’impérialisme » et appelé à ne pas céder à ce qu’il présente comme un « esprit de défaite ».
Mais lorsqu’un dirigeant français parle de souveraineté à la tribune de l’ONU, une question mérite d’être posée : quelle conception de la souveraineté défend-il lorsqu’il s’agit des peuples africains, particulièrement ceux du Sahel ?
Car le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont précisément entrepris de placer la souveraineté au cœur de leur politique.
Depuis la création de la Confédération des États du Sahel, les trois pays ont renforcé leur coordination diplomatique, harmonisé leurs positions dans les instances internationales et affirmé leur volonté de diversifier leurs partenariats extérieurs. Leur préparation commune de la 81ᵉ session de l’ONU en est une illustration.
C’est là que se situe le véritable débat.
Le Sahel ne demande plus qu’on décide à sa place de ce qui serait bon pour lui
Le Sahel ne demande plus qu’on lui explique avec qui il doit coopérer.
Le Sahel ne demande plus qu’on définisse à sa place les contours de sa sécurité, de son développement ou de sa diplomatie. Le Sahel entend désormais choisir ses partenaires, défendre ses intérêts et déterminer lui-même son avenir.
Et c’est précisément cette évolution qui bouleverse les anciens rapports de force.
Pendant des décennies, la relation entre l’Afrique et certaines puissances extérieures a souvent été structurée par des rapports profondément déséquilibrés. Aujourd’hui, les pays de l’AES affirment qu’une nouvelle relation internationale doit reposer sur le respect mutuel, la non-ingérence, l’intérêt réciproque et la souveraineté effective. Le Mali a d’ailleurs présenté ces principes comme des axes de son action diplomatique à cette 81ᵉ session.
Alors, lorsque Paris parle de souveraineté, le Sahel peut légitimement répondre : La souveraineté ne peut pas être un principe à géométrie variable. Elle ne peut pas être sacrée lorsqu’elle concerne les grandes puissances et relative lorsqu’elle concerne les peuples africains. Elle ne peut pas être invoquée pour défendre certains États tout en étant questionnée lorsque des peuples africains décident de modifier leurs alliances, leurs partenariats et leurs orientations stratégiques.
La véritable rupture du Sahel est peut-être précisément celle-là : passer du statut d’espace sur lequel les autres puissances projettent leurs stratégies à celui d’espace qui construit sa propre stratégie.
C’est le sens profond de la dynamique de l’AES.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ne prétendent pas détenir toutes les réponses. Mais ils affirment une chose essentielle : leur avenir doit être décidé d’abord par leurs peuples et leurs États.
Voilà pourquoi le discours de Macron doit être lu avec un regard critique.
Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui parle le plus fort à la tribune de l’ONU
Le véritable enjeu est de savoir si, au XXIᵉ siècle, les peuples africains seront enfin considérés comme des sujets souverains de l’histoire, et non comme de simples objets des stratégies des grandes puissances.
Le temps où l’on parlait du Sahel sans le Sahel est révolu.
Le temps où l’on décidait pour le Sahel doit également prendre fin.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont choisi de prendre leur destin en main.

Et cette volonté de souveraineté mérite d’être jugée non pas à l’aune des intérêts des anciennes puissances tutélaires, mais à l’aune d’une question beaucoup plus simple : les peuples du Sahel ont-ils, oui ou non, le droit de décider eux-mêmes de leur avenir ?
La réponse appartient d’abord aux peuples sahéliens.
Drissa TRAORE de Soumeyla
Wangola Médias



