Politique

SORTIE DU GÉNÉRAL TIANI : LE TEMPS DE LA SOUVERAINETÉ ASSUMÉE

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À l’occasion du troisième anniversaire de l’avènement du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le Général d’armée Abdourahamane Tiani, n’a pas livré un discours protocolaire destiné à célébrer passivement trois années de pouvoir. Il a proposé une lecture politique, sécuritaire et géopolitique de la crise que traverse le Sahel.

Son intervention peut se résumer en une conviction : la guerre imposée aux peuples sahéliens ne serait pas seulement une guerre terroriste, mais également une confrontation pour le contrôle de leur souveraineté, de leurs ressources et de leur orientation diplomatique.

Une parole de rupture assumée

Le premier mérite de cette sortie est sa clarté. Le Général Tiani refuse le vocabulaire diplomatique qui dissimule les rapports de force. Il nomme directement la France et certains pays occidentaux, qu’il accuse de soutenir des entreprises de déstabilisation contre le Niger et les autres États du Sahel. Il revient notamment sur les pressions exercées après les événements du 26 juillet 2023, sur l’ultimatum de la CEDEAO, sur les menaces d’intervention militaire et sur plusieurs attaques attribuées aux groupes armés.

Pour un avenir radieux des peuples de l’AES, les Etats se doivent de se serrer les coudes

Selon le président nigérien, ces événements ne seraient pas indépendants les uns des autres, mais s’inscriraient dans une stratégie visant à punir les États ayant exigé le départ des forces militaires étrangères. Pour Niamey, le terrorisme ne peut plus être analysé uniquement comme une insurrection religieuse ou criminelle. Il doit aussi être replacé dans un environnement de rivalités internationales, de guerre informationnelle et de compétition pour le contrôle stratégique du Sahel.

Le 26 juillet présenté comme une révolte de dignité

Dans la vision développée par le Chef de l’État nigérien, le 26 juillet 2023 dépasse désormais le cadre d’un simple changement de régime. Cette date est progressivement transformée en symbole de la rupture avec un système de dépendance militaire, économique et diplomatique. C’est d’ailleurs dans cette logique qu’elle est devenue une Journée nationale de la souveraineté et du patriotisme.

Le message central est puissant : un peuple ne peut prétendre être indépendant lorsque sa sécurité, son économie, sa diplomatie et même la définition de ses intérêts nationaux dépendent de puissances extérieures.

Cette lecture explique le soutien populaire dont bénéficie encore le projet souverainiste dans une partie importante de l’opinion sahélienne. Les populations ne jugent pas seulement les autorités actuelles à travers les catégories classiques de la politique institutionnelle. Elles les jugent aussi à travers leur capacité à restaurer une dignité longtemps blessée par les humiliations diplomatiques, l’inefficacité des partenariats militaires étrangers et l’exploitation déséquilibrée des ressources nationales.

Un combat qui dépasse le Niger

L’un des passages les plus significatifs de l’entretien est celui dans lequel le Général Tiani affirme que cette lutte n’est pas seulement celle d’Assimi Goïta, d’Ibrahim Traoré ou de lui-même. Elle serait, selon ses termes, le combat de toute l’Afrique.

Cette déclaration donne au projet de l’AES une dimension continentale. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso ne se présentent plus uniquement comme trois États confrontés au terrorisme. Ils cherchent à incarner une alternative politique fondée sur trois principes : la défense collective, l’autonomie diplomatique et le développement souverain.

Le Général Tiani a ainsi rappelé la création d’une force unifiée de 5 000 hommes, dont l’état-major opérationnel est installé à Niamey, avec l’ambition de porter progressivement cet effectif à 18 000 hommes. Il a également évoqué la Banque confédérale pour l’investissement et le développement ainsi que la volonté des trois pays de parler d’une même voix sur la scène internationale.

L’entente affichée ici entre les deux chefs d’Etats du Burkina et du Niger

L’AES apparaît donc moins comme une alliance circonstancielle que comme le commencement d’une nouvelle architecture politique régionale.

Une réponse à la stratégie de division

Depuis la naissance de l’AES, ses adversaires semblent espérer une fracture entre Ouagadougou, Bamako et Niamey. Le Général Tiani répond à cette stratégie par une formule essentielle : aucun pays de la Confédération ne doit être isolé pour être opposé aux deux autres.

Cette affirmation consacre une nouvelle doctrine de solidarité. Toute pression dirigée contre l’un des trois États doit être considérée comme une pression contre l’ensemble de l’espace confédéral.

C’est probablement l’un des acquis politiques les plus importants de ces dernières années. Pendant longtemps, les anciennes puissances coloniales et certains partenaires extérieurs ont pu traiter séparément avec les États africains, exploiter leurs divergences et négocier avec chacun depuis une position dominante.

L’AES cherche à inverser ce rapport de force. Trois États fragiles pris séparément peuvent devenir une puissance politique, militaire et diplomatique lorsqu’ils mutualisent leurs moyens et refusent d’être divisés.

Le passage nécessaire de la dénonciation à la construction

La parole du Général Tiani est mobilisatrice, mais elle fait également naître une obligation de résultats. La dénonciation de l’impérialisme, des ingérences et des opérations de déstabilisation est nécessaire lorsqu’elle repose sur des faits. Mais elle ne peut constituer à elle seule un programme durable de gouvernement.

La souveraineté doit devenir concrète dans la vie des citoyens. Elle doit signifier une armée mieux équipée, une justice crédible, une administration efficace, une école de qualité, des soins accessibles, des infrastructures fonctionnelles, une agriculture productive, une meilleure transformation des ressources et une lutte réelle contre la corruption. Le Général Tiani semble reconnaître cette nécessité lorsqu’il rattache la souveraineté à la défense, à la diplomatie et au développement. Son appel à financer les projets africains par des ressources africaines constitue, à cet égard, une orientation stratégique fondamentale.

Car un pays qui dépend entièrement des financements extérieurs reste vulnérable aux injonctions de ceux qui détiennent les cordons de sa bourse.

La véritable bataille : convaincre par les résultats

Après trois années, les autorités nigériennes ne peuvent plus se contenter d’expliquer les difficultés uniquement par l’hostilité extérieure, aussi réelle puisse-t-elle être. La prochaine étape de la Refondation sera jugée sur sa capacité à améliorer durablement la sécurité, le pouvoir d’achat, l’accès à l’électricité, l’emploi des jeunes et la souveraineté alimentaire. Le discours du Général Tiani est donc à la fois une déclaration de résistance et une promesse politique.

Il dit aux adversaires du Niger que le pays ne reviendra pas sous tutelle. Mais il dit aussi, implicitement, au peuple nigérien que les sacrifices consentis doivent produire des résultats visibles.

C’est là que se situe désormais le défi majeur : transformer la souveraineté proclamée en souveraineté vécue.

Une sortie qui consolide le front sahélien

Pour les peuples du Burkina Faso, du Mali et du Niger, cette intervention constitue un appel à ne pas sous-estimer la profondeur du combat engagé. La reconquête de la souveraineté n’est ni un slogan, ni une cérémonie, ni une simple substitution de partenaires étrangers. Elle suppose une transformation des institutions, des mentalités, de l’économie et des rapports entre gouvernants et gouvernés.

La portée historique de la sortie du Général Tiani réside précisément dans cette volonté d’inscrire la lutte du Niger dans une trajectoire africaine plus vaste. Son message est sans ambiguïté : les dirigeants peuvent être ciblés, les États peuvent être soumis à des pressions et les populations peuvent traverser des épreuves, mais la marche vers la dignité ne doit plus être interrompue.

Le Niger nouveau ne demande plus l’autorisation d’exister.

Le Mali nouveau refuse d’être soumis.

Le Burkina Faso nouveau assume sa révolution.

Et l’AES, malgré les obstacles, se construit progressivement comme l’espace politique où les peuples du Sahel veulent reprendre en main leur sécurité, leurs ressources et leur avenir. La souveraineté ne se mendie pas. Elle se conquiert, se protège et surtout se construit.

Drissa TRAORE de Soumeyla

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