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81ᵉ Assemblée générale de l’ONU : l’AES hausse le ton et revendique le droit des peuples du Sahel à décider de leur destin

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New York, 28 septembre 2026. À la tribune de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le Burkina Faso a porté la voix de la Confédération des États du Sahel (AES), dans une déclaration prononcée au nom du Burkina Faso, du Mali et du Niger par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, le Camarade Karamoko Jean Marie Traoré.

Le message délivré à New York est sans ambiguïté : le Sahel entend désormais participer au concert des nations en acteur souverain, et non plus en simple espace soumis aux décisions des autres. « Nous ne demandons à personne la permission d’exister »C’est l’une des phrases fortes de cette image1790617995575.pngdéclaration. « Nous ne demandons à personne la permission d’exister. Nous ne sollicitons de personne un certificat de souveraineté », a affirmé le ministre burkinabè des Affaires étrangères.

Cette posture résume la philosophie défendue par l’AES : coopérer avec le reste du monde, oui ; accepter la soumission, non.

La Confédération affirme ainsi vouloir construire des relations internationales fondées sur l’égalité souveraine des États, le respect mutuel et la défense des intérêts des peuples. Elle récuse une coopération qui se transformerait en mécanisme d’asservissement et affirme que son ouverture au monde ne saurait signifier l’abandon de ses intérêts vitaux.

Un réquisitoire contre les doubles standards

Dans son intervention, l’AES s’est également attaquée à ce qu’elle considère comme les contradictions du système multilatéral actuel. Le thème de cette 81ᵉ session, « Reconstruire la confiance, gérer la transformation : une Organisation pour tous » est directement questionné par la délégation sahélienne. Pour l’AES, parler de confiance suppose d’abord de reconnaître que celle-ci a été profondément érodée par les doubles standards, l’instrumentalisation des institutions internationales et le sentiment que certaines règles seraient appliquées différemment selon la puissance des États concernés. Le message est donc clair : si l’ONU veut réellement redevenir une « maison commune des peuples », elle doit garantir la même dignité, les mêmes droits et la même souveraineté à tous les États.

Terrorisme : l’AES demande que les responsabilités soient établies

La question sécuritaire occupe naturellement une place centrale dans cette déclaration. Après plus d’une décennie de violences terroristes au Sahel, l’AES rend hommage aux victimes civiles ainsi qu’aux militaires, aux Volontaires pour la défense de la patrie et à toutes les forces engagées dans la lutte contre les groupes armés. La déclaration évoque notamment la mémoire du Général d’Armée Sadio Camara, présenté comme victime d’un assassinat le 25 avril 2026.

Mais au-delà de l’hommage, la Confédération demande une clarification des responsabilités. Elle appelle la communauté internationale à enquêter sur les réseaux susceptibles de financer, d’armer, de renseigner ou de protéger les groupes terroristes. Pour les autorités de l’AES, le terrorisme au Sahel ne saurait être analysé uniquement sous l’angle de groupes criminels isolés : elles dénoncent l’existence alléguée de soutiens structurés et demandent que les responsabilités soient établies sur la base de faits et d’enquêtes sérieuses.

Souveraineté et sécurité : deux faces d’une même bataille

Dans cette vision, la souveraineté n’est pas seulement une question diplomatique. Elle touche directement à la capacité des États à assurer la sécurité de leurs populations et à décider de leurs politiques nationales. La déclaration affirme que le premier droit humain est le droit à la vie et que la première liberté d’un peuple consiste à ne pas vivre sous la terreur. Elle rejette, dans le même temps, ce qu’elle qualifie de « procès politique » et plaide pour un examen objectif et impartial des situations relatives aux droits humains. La formule résume une ligne politique : accepter le contrôle du respect du droit, mais refuser son instrumentalisation à des fins de pression politique.

L’AES veut aussi transformer son modèle économique

L’autre dimension majeure du discours concerne le développement. L’AES ne présente pas la souveraineté comme une simple posture diplomatique. Elle la relie à la capacité de produire, de transformer localement et de mobiliser davantage les ressources internes. Dans la déclaration, la Confédération met notamment en avant la nécessité de réduire la fracture numérique, renforcer la résilience climatique, investir dans le capital humain, consolider les systèmes de santé et d’éducation et soutenir l’industrialisation. Un accent particulier est placé sur les ressources internes : l’expérience de l’AES montre que la mobilisation des ressources nationales, soutenue par la solidarité et la participation citoyenne, constitue un levier important de libération économique.

Burkina Faso : la Révolution progressiste populaire comme cadre de transformation

Dans la partie consacrée spécifiquement au Burkina Faso, la déclaration présente la Révolution progressiste populaire comme le cadre de la transformation engagée dans le pays. Le gouvernement burkinabè met en avant une orientation visant à renforcer les capacités productives, valoriser les ressources nationales et développer davantage la transformation locale des matières premières. L’agriculture et l’industrie sont citées parmi les secteurs prioritaires, avec l’objectif annoncé de stimuler la production nationale, créer des emplois et accroître la participation des populations à l’activité économique.

Le Plan RELANCE 2026-2030 est également présenté comme un instrument destiné à accompagner cette transformation structurelle et à consolider la dynamique de modernisation du pays. Le choix affiché est donc celui d’un développement davantage fondé sur les potentialités nationales et sur la transformation locale des ressources. Sur le terrain sécuritaire, Ouagadougou revendique des avancées

La déclaration affirme que plus de 74 % du territoire national sont désormais sous contrôle de l’État. Elle évoque également la reconquête de plusieurs villages et localités, le retour progressif de milliers de personnes, la réouverture d’établissements scolaires, la reprise d’activités dans des centres de santé et la réinstallation progressive de l’administration. Ces éléments sont présentés par la délégation burkinabè comme le résultat des sacrifices consentis par les populations et de la mobilisation des différents acteurs engagés dans le rétablissement de la paix et de la sécurité.

Réformer l’ordre international

L’AES ne s’est pas limitée à exposer ses propres préoccupations. Elle a également formulé des propositions concernant la gouvernance mondiale. La Confédération soutient notamment une réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, avec une meilleure représentation des pays en développement, davantage de transparence et une adaptation de l’architecture internationale à la réalité géopolitique contemporaine. Elle réaffirme son soutien au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte. Elle appelle également à une réforme de l’architecture financière internationale, à une représentation plus équitable des pays en développement dans les institutions financières, à un traitement juste de la dette et à un accès réel aux financements du développement.

Un discours qui dépasse les frontières du Sahel

Au-delà des questions strictement sahéliennes, la déclaration aborde également la Palestine, Cuba, le Nicaragua, le Sahara occidental et le principe d’une seule Chine. Sur la Palestine, le Burkina Faso réaffirme notamment son attachement à une solution politique fondée sur la coexistence de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, conformément au droit international et aux résolutions pertinentes des Nations Unies. Cette diversité des sujets traités traduit une volonté d’inscrire la voix de l’AES dans les grands débats relatifs à l’avenir du système international.

« Un peuple, un espace, un destin » : la ligne est tracée

À New York, l’AES a donc livré bien davantage qu’une simple déclaration diplomatique. Elle a exposé une vision du monde fondée sur la souveraineté, la dignité des peuples, la coopération entre États et la remise en cause des mécanismes internationaux perçus comme inéquitables. Sa devise « Un peuple, un espace, un destin » est présentée comme le fil conducteur de cette construction confédérale, notamment à travers la Force unifiée, la Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement et le renforcement des relations entre les institutions et les peuples des trois pays. Le message final prononcé à la tribune de l’ONU résume l’esprit de cette nouvelle diplomatie sahélienne : « notre coopération ne sera jamais synonyme de soumission, et notre ouverture ne signifiera jamais l’abandon de nos intérêts vitaux ».

Une manière pour le Burkina Faso, au nom de l’AES, d’affirmer devant la communauté internationale que le Sahel veut désormais écrire son histoire avec ses propres choix, ses propres priorités et une exigence centrale : être respecté comme un espace de peuples souverains.

Drissa TRAORE de Soumeyla

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