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La Cour d’Appel de Bobo-Dioulasso siégeant au TGI de Banfora a, ce 13 juillet 2026, examiné le dossier relatif au lynchage à mort des commissaires de police Wolé Gilbert Sangaré et Kyélem Téleshore Marie Anicet, tués le 12 janvier 2019 à Nafona, dans la province de la Comoé. Cette Cour a confirmé le jugement rendu en première instance qui était la réclusion à perpétuité.
À la barre, les quatre prévenus sont, pour l’essentiel, restés fidèles aux déclarations qu’ils avaient faites lors du procès en première instance. Le chef du village, Héma Baba, a déclaré n’avoir rien su des événements qui se déroulaient ce jour-là. Se présentant comme aveugle, il a expliqué qu’après les premiers coups de feu, son fils était venu le mettre à l’abri, ne lui permettant pas de constater les faits. Interrogé par le président sur les raisons pour lesquelles il n’avait pas transmis la chefferie à une autre personne en raison de son handicap visuel, il a répondu qu’il avait prévu de le faire, mais que « l’affaire est venue » avant qu’il ne puisse concrétiser cette décision. Il a reconnu avoir signé un document indiquant que le village assumait la responsabilité des faits. En revanche, il a affirmé ne pas avoir été informé de la venue des policiers à Nafona ce 12 janvier 2019.
Le président a ensuite entendu Héma Soungalo, président du Conseil villageois de développement (CVD). Celui-ci a indiqué qu’il dormait à son domicile lorsqu’il a entendu des coups de feu. Pris de peur, il dit avoir attendu que les tirs cessent avant de sortir. Arrivé sur les lieux, il affirme avoir découvert trois corps : ceux des deux policiers ainsi que celui d’une femme qu’il connaissait. Il soutient être resté sur place jusqu’à l’arrivée de la gendarmerie. À la question du président sur ce qu’il avait constaté sur les lieux, il a répondu n’avoir rien vu de particulier et qu’il n’y avait plus personne à son arrivée. Le président lui a rappelé le rôle du CVD, un intermédiaire entre l’administration et le village, estimant qu’un tel événement pouvait difficilement se produire sans qu’il en soit informé. Le prévenu a indiqué qu’après les constatations de la gendarmerie, il était allé informer le chef du village. Il a également contesté avoir signé un document relatif aux faits et a déclaré que la population ne leur avait fourni aucune explication sur ce qui s’était passé.

À son tour, Soma Macoma, a expliqué qu’il dormait lorsque les aboiements des chiens l’ont alerté. Il est sorti de son domicile, puis, après avoir entendu des coups de feu, il a pris la fuite. Le président s’est étonné de cette réaction en lui demandant pourquoi, en tant qu’homme chargé de protéger sa famille, il avait fui. Le magistrat a également relevé des contradictions entre ses déclarations devant le procureur et celles faites devant la Cour. Lors de l’enquête, il avait affirmé s’être rendu sur les lieux, y avoir vu des personnes avant de fuir après les coups de feu. À l’audience, il a maintenu qu’il n’avait appris que plus tard la mort des deux policiers et d’une femme.
Enfin, Héma Siaké, est lui aussi resté sur ses précédentes déclarations. Il affirme qu’il dormait tandis que son épouse était sortie chercher de l’eau. Réveillé par des bruits qu’il a ensuite identifiés comme des coups de feu, il dit avoir fui en brousse. À son retour, il aurait découvert que son épouse avait été tuée, après avoir entendu les pleurs de ses enfants. Là encore, le président a relevé des contradictions avec ses déclarations devant le procureur, où il avait indiqué s’être trouvé sur les lieux et avoir pleuré lorsque son épouse s’était effondrée. Il lui a également rappelé qu’il avait alors déclaré que son épouse avait été la première victime.
Le président de la Cour a interrogé le chef du village et le président du CVD sur une précédente intervention des forces de l’ordre, au cours de laquelle des convocations auraient rencontré une opposition de la population. Tous deux ont affirmé ne rien savoir. « Qui peut donc expliquer ce qui s’est passé dans le village ? », s’est interrogé le président au cours des débats.

Dans ses réquisitions, le procureur général est revenu sur les circonstances des faits et a demandé à la Cour de constater l’extinction de l’action publique concernant les deux prévenus décédés. Il a également requis la confirmation intégrale du jugement rendu en première instance le 20 mars 2024, qui avait condamné les six accusés à la réclusion criminelle à perpétuité.
Prenant la parole pour la défense, les avocats ont soutenu qu’aucune preuve matérielle ne permettait d’établir la participation des prévenus aux faits de rébellion, d’assassinat et de destruction de biens. Selon eux, rien ne démontrait leur présence sur les lieux ni leur implication directe dans les violences. Ils ont également estimé que les aveux versés au dossier ne pouvaient être retenus comme preuves et qu’il était impossible de faire peser sur le chef du village et le président du CVD la responsabilité des actes commis par toute une population. Invoquant le principe selon lequel le doute doit profiter à l’accusé, ils ont demandé l’acquittement des prévenus ou, à défaut, une réduction de leurs peines.
Invités à s’exprimer une dernière fois, les prévenus ont tous sollicité la clémence de la Cour. Héma Baba, s’est même mis à genoux pour demander pardon, affirmant qu’il était difficile que la responsabilité d’un drame impliquant tout un village ne repose que sur quatre personnes. Les autres prévenus ont également exprimé leurs regrets et demandé pardon.
À l’issue des débats, la Cour d’appel a déclaré l’action publique éteinte à l’égard des deux prévenus décédés. Elle a rejeté la demande de sursis, la jugeant mal fondée et a confirmé les condamnations prononcées en première instance à l’encontre des quatre prévenus encore en vie.

En rappel, le 12 janvier 2019, partis sur ordre du Procureur du Faso près le TGI de Banfora pour des interpellations à Nafona dans la commune rurale de Soubakaniédougou, après une première tentative infructueuse face à une opposition des habitants du village, deux commissaires de police trouvaient la mort ce jour-là suite à une réaction de certains habitants. En toile de fond de ce drame, un litige foncier pourtant tranché par le TGI de Banfora mais qui faisait des mécontents à Nafona. La suite est connue, deux policiers perdaient la vie dans l’émoi et la consternation générale des Burkinabè. Les corps des suppliciés transférés à Banfora, c’est une immense foule triste qui avait accompagné les deux commissaires à leurs dernières demeures au cimetière municipal de Banfora route de Tangoura.
Sountong Noma Stéphanie Kabré.
Wangola Médias.



