
Views: 8
Près de 40 ans après l’assassinat du Capitaine Thomas Sankara, il a toujours la révolution d’août 1983 qui coule dans ses vaines. Pour avoir été proche du père de la révolution, le Capitaine Thomas Sankara et partant de son no2 au Conseil Nationale de la Révolution, Blaise Compaoré, qui a ensuite dirigé le Burkina Faso 27 ans durant, comme si c’était hier, il se rappelle de certaines épisodes cette révolution où il a joué par moment, d’importants rôles dans la ville de Banfora. Son activisme a commencé par la lutte clandestine pour assoir des pans de la révolution. Il s’agit de Mamadou Lalé Sagnon, bien connu de la classe politique, qui, depuis la mort de Thomas Sankara, cherchait à perpétuer l’idéal Thomas Sankara. Du Groupe des Démocrates Révolutionnaires (GDR) en passant par le Bloc Socialiste Burkinabè (BSB), aujourd’hui, le camarade Mamadou Lalé Sagnon, est un homme comblé avec la réhabilitation du père de la révolution d’aout 1983. À la faveur de la commémoration du 15 octobre 2026 de la mort du capitaine, Wangola Médias est allé à sa rencontre.
Wangola Médias : Vous milité dans la lutte clandestine. Comment vous êtes arrivés à être activiste ?
Mamadou Lalé Sagnon : La nécessité du militantisme révolutionnaire m’a amené à être actif. À l’époque, il fallait préparer les esprits révolutionnaires au sein des masses populaires. Nous avons été toujours attachés à l’idéologie révolutionnaire. Nous avons même milité dans la clandestinité, notamment au sein du PCRV, le Parti communiste révolutionnaire voltaïque. C’est à travers cet engagement que nous avons participé à la lutte révolutionnaire dans notre pays, avec l’ensemble de la gauche.
La rencontre avec Thomas Sankara
Après quatre décennies, pouvez–vous nous dire comment vous avez fait la connaissance de Thomas Sankara ?
C’est une question intéressante. À l’époque, Thomas Sankara faisait partie des officiers communistes. Il existait des relations entre les organisations communistes et les organisations de gauche de la société civile. C’est dans ce contexte que j’ai fait sa connaissance.
Pour nous, il ne s’agissait pas simplement de faire de la propagande. Notre objectif était de diffuser l’information révolutionnaire et de sensibiliser les masses populaires.
Après l’avènement de la Révolution du 4 août 1983, nous avons poursuivi notre engagement. Thomas Sankara n’a pas abandonné ses amis. Il a toujours gardé des relations avec eux, même lorsqu’il est devenu président.

Le rôle joué dans la Révolution burkinabè
Quel rôle avez–vous réellement joué dans la Révolution burkinabè à l’époque ?
Mon rôle consistait à transmettre les messages des Comités de défense de la révolution (CDR) et à préserver la pensée de Thomas Sankara au sein de la population.
Nous devions entretenir l’esprit révolutionnaire dans les masses populaires. C’est dans cette perspective que nous avons participé à la mise en place des comités chargés de défendre et de promouvoir les idéaux de la révolution. J’en suis très reconnaissant à Thomas Sankara, car il m’avait proposé de partir en formation à Cuba pendant deux ans.
À Banfora, vous avez joué un rôle important aux côtés d’autres révolutionnaires. Comment les choses se passaient–elles à l’époque où les CDR occupaient une place centrale ?
Après la proclamation de la Révolution, dans la nuit du 4 août 1983, Thomas Sankara avait lancé un appel à la population pour qu’elle mette en place des Comités de défense de la révolution. À Banfora, nous avons participé à l’organisation des premiers CDR. Nous avons entrepris ce travail dès les premiers moments de la révolution, notamment au sein des structures locales.
Mon premier acte a notamment consisté à intervenir à l’hôpital de Banfora. Par la suite, nous avons poursuivi notre travail au sein des comités.
L’idéal de Thomas Sankara et la jeunesse
Que retenez–vous de l’idéal de Thomas Sankara ?
L’idéal de Thomas Sankara est très important pour la jeunesse de notre nation. Je profite de votre micro pour lancer un appel à la jeunesse : elle doit écouter attentivement les discours du camarade Ibrahim Traoré, car ils sont très éducatifs pour les jeunes et les générations futures.
J’ai constaté que le capitaine Ibrahim Traoré reprend certains thèmes et certaines orientations qui rappellent cet idéal. Je lance donc un appel à toute la jeunesse afin qu’elle écoute attentivement ses discours.
L’appréciation de la Révolution actuelle
Comment appréciez–vous la révolution actuelle du Camarade Président Ibrahim Traoré par rapport à celle de Thomas Sankara ?
Je crois que c’est la continuité de l’œuvre que nous avons entreprise. Je lance un appel à tous les anciens membres des CDR pour qu’ils soutiennent cette dynamique.
C’est le chemin que nous avions commencé à emprunter le 4 août 1983. J’ai donc le cœur avec le capitaine Ibrahim Traoré et j’encourage la jeunesse à soutenir cette orientation.
La réhabilitation de Thomas Sankara
Comment appréciez–vous la réhabilitation de Thomas Sankara entreprise aujourd’hui par le capitaine Ibrahim Traoré ?
C’est un honneur pour nous tous. Je n’ai même pas les mots pour exprimer ma reconnaissance. Je demande à Allah de le protéger, car les actes qu’il a posé en faveur de la réhabilitation de Thomas Sankara, nous touchent profondément.
Nous avons eu la chance de voir reconnaître la mémoire de celui qui avait été tué. Nous ne pensions pas qu’un jour justice serait rendue à Thomas Sankara.
Grâce à cette démarche, nous avons pu obtenir une forme de justice et de réhabilitation. Tout cela m’a profondément marqué en tant que révolutionnaire.
La formation idéologique à Cuba
Sous la Révolution de 1983, compte tenu de votre proximité avec Thomas Sankara, vous deviez suivre une formation idéologique à l’étranger. Pouvez–vous nous en parler ?
En effet, je devais aller à l’extérieur, à Cuba précisément. Car Cuba avait beaucoup d’expériences et était en avance dans certains domaines liés à la révolution. Les Cubains avaient acquis des expériences révolutionnaires dont nous pouvions nous inspirer.
C’est pour cette raison que le camarade président avait voulu envoyer des hommes en formation, afin qu’ils puissent apprendre et mieux comprendre l’esprit révolutionnaire à transmettre aux masses populaires.
Il s’agissait notamment d’une formation idéologique. Cette expérience devait nous permettre d’approfondir nos connaissances et de renforcer notre engagement.
Même aujourd’hui, si vous interrogez un Cubain âgé de 90 ans, il pourra vous parler des acquis de la révolution cubaine.

La lettre adressée après la mort de Thomas Sankara à Blaise Compaoré.
Après la mort de Thomas Sankara, vous avez osé adresser une lettre à Blaise Compaoré. Pouvez–vous nous en dire davantage ?
C’est une question intéressante. Je peux même vous présenter la lettre que je garde toujours. Après les événements du 15 octobre 1987, j’ai estimé qu’il fallait demander officiellement la réhabilitation de Thomas Sankara. J’ai donc écrit à Blaise Compaoré pour lui demander s’il ne pouvait pas prendre des mesures dans ce sens.
Sa réponse ne m’avait pas satisfait. Il m’avait expliqué que la réhabilitation d’un ancien chef d’État n’était pas seulement une affaire de gouvernement, mais également une affaire de famille.
J’avais compris sa réponse comme s’il estimait que la réhabilitation dépendait essentiellement de la volonté de la famille de Thomas Sankara. Je n’étais pas d’accord avec cette interprétation.
Mais à l’époque, nous ne pouvions pas aller plus loin. J’ai néanmoins pris le risque de lui écrire officiellement. Il m’a répondu, mais je suis resté insatisfait de sa réponse.
La rencontre avec Blaise Compaoré
Après sa prise du pouvoir, Blaise Compaoré s’est rendu à Banfora. Racontez–nous comment s’est déroulée cette rencontre.
Cette rencontre ne s’est pas bien passée. À l’époque, une personne du Haut-commissariat m’avait informé que le Président du Faso souhaitait me rencontrer. Je me suis rendu à cette rencontre.
J’avais lu l’article 4 du texte relatif au Front populaire. Selon mon interprétation, cet article ouvrait la porte à des organisations qui ne partageaient pas nécessairement les mêmes idéaux révolutionnaires. J’ai évoqué le risque de voir la révolution récupérée par des éléments qui ne partageaient pas ces idéaux. J’ai notamment rappelé l’exemple de la Révolution française, qui avait été récupérée par des forces ne poursuivant pas toutes les mêmes objectifs. J’ai alors affirmé que le Front populaire risquait de conduire à la liquidation de la révolution.
Ce jour-là, mon interlocuteur, Blaise Compaoré, a tenté de m’intimider par son attitude, mais j’ai continué à exprimer mes opinions.
Où cette rencontre a-t-elle elle eu lieu ?
Si je me souviens bien, c’était au cinéma Paysan Noir.
Comment s’est–elle terminée ?
Nous avons également abordé d’autres sujets. Mais nos divergences étaient profondes. Après cette rencontre, nous ne nous sommes plus revus pendant 27 ans. Il m’était difficile de collaborer avec quelqu’un que je considérais comme ayant trahi Thomas Sankara.
L’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré
Quel espoir l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré représente–t–elle pour vous ?
Son arrivée a redonné de l’espoir aux révolutionnaires. Après les événements tragiques du 15 octobre 1987, beaucoup de camarades avaient été tués ou persécutés. Nous avions fini par croire que la révolution était enterrée.
Mais nous n’avions pas compris que l’arbre que nous avions vu tomber pouvait repousser et grandir à nouveau. Aujourd’hui, je constate qu’il existe encore de nombreux révolutionnaires. Le discours du capitaine Ibrahim Traoré a redonné de l’espoir à beaucoup d’entre nous. C’est pourquoi j’ai contacté certains camarades à Ouagadougou pour leur dire qu’il fallait soutenir cette dynamique.
La fidélité aux idéaux de Thomas Sankara
Vous avez été très proche de Thomas Sankara. Que retenez–vous de lui ?
Thomas Sankara était un homme exemplaire, notamment par son intégrité. Je voudrais également rappeler certains événements du 4 août 1983, après le renversement du régime de Jean-Baptiste Ouédraogo.
La révolution avait suscité beaucoup de joie. Cependant, j’avais remarqué certaines attitudes qui, à mes yeux, révélaient déjà des divergences entre les acteurs de la révolution. J’avais notamment observé le comportement de Blaise Compaoré ce jour-là. Cela m’avait amené à m’interroger sur ses intentions et sur ses relations avec Thomas Sankara.
À mon avis, certains signes annonçaient déjà les difficultés qui allaient apparaître par la suite.
Les relations avec Ernest Nongma Ouédraogo
Vous évoquez très souvent le nom de Ernest Nongma Ouédraogo. Quelles relations entreteniez–vous avec lui ?
Depuis la mort de Thomas Sankara, nous avons toujours gardé le contact et sommes restés fidèles à nos convictions. Nous avons conservé les principes qui nous guidaient : tout pour le peuple et rien que pour le peuple.
Ernest Ouédraogo est pour moi un exemple de fidélité à ces principes, à Thomas Sankara. Même lorsqu’il se trouvait à l’étranger, il continuait à manifester son engagement.
Je me souviens notamment d’un don qu’il avait effectué. À son arrivée au Burkina Faso, il aurait remis cet argent au Trésor public. Le montant évoqué était des millions de francs CFA, sous réserve de vérification.
L’intégrité personnelle de Thomas Sankara
Vous avez expliqué que Thomas Sankara attachait une grande importance aux principes et même dans les relations amicales. Pouvez–vous préciser votre pensée ?
Thomas Sankara avait un sens très élevé de l’intégrité. Même dans les relations entre amis, il estimait qu’il fallait respecter certains principes.
Cette exigence d’intégrité ne se limitait pas à la vie publique. Elle se manifestait aussi dans les relations personnelles et familiales.
Les relations avec la famille de Thomas Sankara
Vous avez été très aussi proche de la famille de Thomas Sankara. Comment se porte–t–elle aujourd’hui ?
J’ai encore des nouvelles de certains membres de la famille, notamment de Valentin Sankara, et nous prenons de temps en temps des nouvelles les uns des autres.
Concernant le procès de Thomas Sankara, je n’avais malheureusement pas pu me déplacer à Ouagadougou pour assister la famille. Après le procès, Mariam Sankara m’a appelé. Nous avons longuement échangé et je me suis reproché de ne pas avoir été présent à ses côtés pour la soutenir.
Je reste néanmoins attaché à cette famille et continue de lui témoigner mon respect.

Le dernier message à la jeunesse
Quel dernier message souhaitez–vous adresser à la jeunesse Burkinabè ?
Je pense que l’essentiel a été abordé. Je voudrais simplement demander à la jeunesse d’écouter attentivement les discours du camarade président Ibrahim Traoré, car ils sont éducatifs. Je salue également sa détermination patriotique.

Les conditions de vie après la révolution
Après avoir consacré une grande partie de votre vie à la révolution, comment vivez–vous aujourd’hui ? Du regret de n’être pas parti à la soupe ?
Je pense qu’un révolutionnaire ne doit jamais désespérer. Il faut continuer à travailler et reconnaître les efforts de chacun.
Pour ma part, je ne vis pas dans l’opulence (vendeur de ciment en détail NDLR). J’aurais pu rejoindre Blaise Compaoré à l’époque et profiter de certaines opportunités, notamment dans le commerce du ciment, mais je considérais que cela aurait été une trahison envers Thomas Sankara à qui je dois beaucoup. Il m’a énormément apporté sur le plan de l’éducation et de la formation idéologique. Certaines choses que je pourrais raconter restent personnelles, mais je sais tout ce qu’il a fait pour moi.
Il m’aurait été très difficile de le trahir. C’est pourquoi je n’ai pas choisi de rejoindre Blaise Compaoré. Un révolutionnaire ne doit pas trahir ses principes.
Sié Yacouba Ouattara
Wangola Médias.



