FIFA, États-Unis et Venezuela : la comparaison avec la Russie est-elle pertinente ?

Depuis l’exclusion de la Russie des compétitions internationales de football en 2022, la question de l’intégrité, de la neutralité et du rôle politique de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) dans les crises géopolitiques est au centre du débat mondial. Alors que la Russie est absente de la Coupe du Monde 2026 en raison de son invasion de l’Ukraine, certains observateurs se demandent aujourd’hui si les États-Unis pourraient subir une sanction comparable après une récente opération militaire contre le Venezuela.
1. Pourquoi la Russie a-t-elle été exclue du football international ?
En février 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine, la FIFA et l’UEFA ont suspendu toutes les équipes russes de leurs compétitions — Coupe du monde, Euro et autres tournois — en invoquant des raisons de sécurité, d’intégrité des compétitions et de respect des positions internationales à un moment où de nombreux pays refusaient de jouer contre la Russie. Cette décision a été confirmée par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) après appel. Cette sanction n’a pas été issue directement des textes de discipline sportive mais d’un cadre exceptionnel adopté à la suite d’un conflit majeur impliquant de très nombreux pays, sanctions internationales et ramifications politiques.
2. Les États-Unis et le Venezuela : la situation est-elle comparable ?
Récemment, plusieurs voix sur les réseaux sociaux et forums ont suggéré que l’attaque supposée des États-Unis contre le Venezuela devrait mener à une exclusion similaire aux sanctions infligées à la Russie. Cette idée a circulé notamment sur Reddit, où des utilisateurs appellent à « bannir les États-Unis » des grands événements sportifs en réponse à des actions politiques ou militaires. Cependant, ce raisonnement ne résiste pas à l’examen des règles de la FIFA : Le Code disciplinaire de la FIFA ne prévoit pas de dispositions sanctionnant un pays pour des actions militaires ou géopolitiques en dehors du football. Ses règles concernent essentiellement la discrimination, le racisme et les violations internes au sport.
La suspension de la Russie intervenait dans un contexte de guerre à grande échelle affectant directement la communauté sportive (restrictions de voyage, boycotts potentiels, pression des fédérations membres) — une situation très différente dans le cas États-Unis / Venezuela.
Autrement dit, il n’existe aujourd’hui aucun mécanisme dans les règlements de la FIFA qui permettrait d’exclure un pays simplement pour conduite politique ou militaire, ce qui rend hautement improbable – voire impossible – une « sanction FIFA » contre les États-Unis sur ce motif.
3. Les doubles standards et le débat public
La question de savoir si la FIFA applique ses statuts de manière équitable reste très controversée. Par exemple, des experts et militants ont critiqué l’organisation pour ne pas exclure Israël malgré des appels fréquents à le faire en réponse au conflit de Gaza, alors qu’elle avait agi rapidement contre la Russie en 2022.
Ce genre de débat alimente la perception de « double standard politique » dans le monde du sport : certains conflits internationaux ont des conséquences sportives immédiates, d’autres non — souvent selon les équilibres diplomatiques et économiques globaux plutôt que des principes strictement sportifs.
4. Quelle serait la vraie menace pour les États-Unis dans le football ?
Plus que des sanctions FIFA pures et simples, le vrai risque pour les États-Unis réside dans les controverses autour de l’organisation de la Coupe du Monde 2026. Par exemple, des ONG telle que Human Rights Watch ont appelé la FIFA à intervenir contre certaines politiques nationales (comme l’application de la loi d’immigration pendant le tournoi), soulignant « l’incohérence entre les valeurs revendiquées par la FIFA et le contexte d’un pays hôte ».
Cependant, ces appels restent dans le domaine des pressions publiques et morales, pas des procédures disciplinaires selon les statuts de la FIFA.
5. Une sanction contre les États-Unis est-elle plausible ?
À l’heure actuelle :
Non, il n’existe aucune procédure claire dans les règlements de la FIFA pour exclure un pays à cause d’une action militaire ou de politique étrangère dans un autre État.
La sanction russe était une décision exceptionnelle liée à un contexte politique, économique et sportif très particulier et n’établit pas un précédent automatique.
Les États-Unis, en tant que pays hôte et membre puissant de la FIFA, sont hautement improbables de subir une exclusion similaire. Le véritable débat est ailleurs : il porte sur la cohérence des valeurs du sport international et son rapport aux crises géopolitiques mondiales.
Drissa TRAORE de Soumeyla
Wangola médias



