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Maître de cérémonie depuis près de trois décennies, Koudiaba Victorien Soma est aujourd’hui une figure connue dans la région des Tannounyan. Autodidacte, passionné du micro et inspiré par de grandes voix de la radio burkinabè, il a progressivement fait de la maîtrise de cérémonie un véritable domaine d’expression. Dans cet entretien accordé à Wangola Médias, il revient sur son parcours, les réalités économiques de ce métier, les cachets pratiqués, son expérience auprès de hautes personnalités, mais aussi les qualités indispensables pour réussir dans la maîtrise de cérémonie. Il plaide notamment pour une meilleure valorisation des compétences locales lors des cérémonies officielles.
Wangola Médias : La maîtrise de cérémonie nourrit-elle son homme ?
Koudiaba Victorien Soma : Je peux dire oui. Mais avant de poursuivre, permettez-moi d’observer quelques formules de politesse. Je voudrais sincèrement, une fois de plus, vous dire merci pour la confiance placée en ma personne et surtout dans une corporation qu’est la maîtrise de cérémonie. Je crois que c’est un domaine qui ne draine pas beaucoup de monde. C’est donc l’occasion pour moi de rendre hommage à des devanciers qui m’ont précédé dans ce corps de métier, notamment Mamadou Yéré, qui se trouve à Banfora, Amadou Sanou, établi à Sindou, dans la cité des pics, et le regretté Gnaman Paco Drabo. Ce sont de grandes figures qui m’ont inspiré. Depuis près de trois décennies maintenant, j’ai commencé à m’y essayer et, au fil du temps, je me suis autoformé. Voilà comment je suis venu à la maîtrise de cérémonie. Pour revenir à votre question, à savoir si le métier de maître de cérémonie nourrit son homme, je dirais oui et non à la fois. Oui, parce qu’effectivement, si on en fait sa profession, la maîtrise de cérémonie peut vraiment nourrir son homme. Nous autres, nous avons un pied dehors, ce qui fait qu’on ne peut pas dire que cela nous nourrit véritablement. C’est par passion qu’on exerce ce métier. Très souvent, ce ne sont donc pas les questions de cachet qui nous y amènent. Généralement, c’est par passion, par amour pour le travail et pour aider ceux qui nous ont fait confiance qu’on est amené à exercer. Mais comme je l’ai dit, quand vraiment on en fait un métier, une profession, je dis bien oui, la maîtrise de cérémonie nourrit son homme. De nos jours, certains en ont fait leur profession. Ils n’ont pas d’autre activité et, lorsqu’on doit les déplacer, ce sont des cachets de centaines de milliers de francs CFA qu’il faut leur verser, car il faut bien qu’ils vivent de ce métier.
Vous dites que lorsqu’on les déplace, il faut payer des centaines de milliers de francs. Pour vous qui êtes ici, pouvez-vous nous dire, sans langue de bois, combien vous percevez en général pour une maîtrise de cérémonie ?
Il faut dire tous les prix. Moi, j’ai eu cette chance-là : j’ai eu à faire des prestations à zéro franc, des prestations à 5 000, 10 000, 100 000, 150 000 francs CFA. Le plus gros montant que j’ai perçu en tant que maître de cérémonie était de 200 000 francs CFA. C’était lors d’une cérémonie que j’ai conduite sous l’ancien Premier ministre Beyon Luc Adolphe Tiao, à Niangoloko.

Avez-vous été invité à prester hors de la région des Tannounyan ?
Oui, c’est arrivé très souvent. Il faut dire que j’ai eu l’opportunité, en dehors du chef de l’État devant lequel je n’ai pas encore eu l’occasion de prester, de travailler pour la plupart des autorités du Burkina Faso, que ce soit des Premiers ministres, des présidents de l’Assemblée nationale, des membres du gouvernement ou des présidents d’institutions. J’ai eu l’opportunité de faire des prestations pour ces personnalités. Que ce soit dans la région des Tannounyan ou dans les autres régions, j’ai souvent été sollicité pour conduire des cérémonies. J’ai toujours donné le meilleur de moi-même pour être à la hauteur. Généralement, quand on termine, la fierté, ce n’est pas l’argent qu’on perçoit, mais plutôt le retour que l’on reçoit de notre prestation, ce que les gens en pensent. Personnellement, j’ai toujours eu des retours positifs sur ce que j’ai pu donner comme prestation.
Vous l’avez dit : en dehors du président du Faso, est-ce un appel de pied que vous faites au capitaine Ibrahim Traoré pour qu’il vous invite un jour à maîtriser une cérémonie ?
Mais pas pour qu’il m’invite à Ouagadougou ou à Bobo-Dioulasso. Je souhaiterais plutôt, surtout avec la nouvelle vision de la refondation et de la promotion des compétences nationales, que lorsque le président du Faso est amené à se déplacer dans une région, on essaie aussi de faire appel aux compétences locales.Je crois que c’est sa vision : il faut vraiment faire confiance à nos propres forces. Dans nos communes et nos régions, il y a des compétences qui sont latentes. Il suffit juste de leur donner l’opportunité et, tout de suite, vous allez découvrir des talents insoupçonnés. Mon souhait n’est pas qu’il m’invite expressément. Mais s’il y a l’opportunité, par exemple, que le chef de l’État vienne dans notre région, qu’on puisse faire appel à une compétence locale pour conduire la cérémonie, je crois que cela peut être une source de découverte des talents de la région.
Voilà une question qui devait venir un peu plus tôt. Savez-vous ce que gagnent vos confrères d’autres localités lors de leurs prestations ?
C’est ce que je disais : en matière de maîtrise de cérémonie, il n’y a pas de cachet fixe. Cela dépend de l’activité, mais aussi de l’opportunité qui s’offre à celui qui assure la maîtrise de cérémonie. Je sais que pour les cérémonies au niveau régional, il y a des cachets de 50 000 ou 100 000 francs CFA. Je dis bien que cela dépend du type de cérémonie et que le cachet peut aller à 150 000, voire 200 000 francs CFA. Et quand on est amené à aller à l’extérieur, cela peut être de l’ordre de 500 000 francs, voire un million de francs CFA. Voilà, il n’y a donc pas véritablement de cachet fixe.

Quel commentaire faites-vous en comparant ce que vous percevez ici et ce qui est servi sous d’autres cieux ?
Pour moi, c’est le jour et la nuit. Ailleurs, quand on prend les grands centres, les gens sont arrivés à intégrer le métier de maître de cérémonie dans leur quotidien. Lorsqu’il y a une cérémonie d’une certaine envergure, les gens savent que cela a un prix et ils mettent les moyens nécessaires.
Par contre, dans les régions reculées ou dans les petites contrées, les gens pensent que c’est presque un droit pour eux que le maître de cérémonie vienne conduire la cérémonie sans aucune condition. Souvent, c’est à l’improviste qu’on vous appelle. Et puis, comme c’est aussi par amour qu’on le fait, on est obligé de sauver la situation. Sinon, si on compare les cachets de nos collègues, de nos frères qui sont dans les grands centres, avec ceux que nous percevons dans les centres reculés, c’est vraiment le jour et la nuit.
Comment êtes-vous venu à la maîtrise de cérémonie ?
Là, c’est toute une histoire (rires), mais on va essayer de la résumer. Il faut dire que lorsque j’ai fini les études primaires et que je me suis engagé dans les études secondaires, c’est après le BEPC que cela est venu. Ça va vous étonner, mais du primaire jusqu’au BEPC, j’étais très, très timide. Et quand ceux qui m’ont connu à cette période me voient aujourd’hui tenir le micro, ils n’en reviennent pas. Ils se demandent : est-ce que c’est la même personne ? Mais il faut dire qu’à un moment donné, j’ai été vraiment inspiré par de grandes voix du micro au Burkina. Paix à l’âme de Zanga Issouf Ouattara. J’écoutais régulièrement la RTB et de grandes voix comme Issaka Ouédraogo, qui était journaliste sportif. Ils m’ont inspiré et je ne manquais pas, à chaque fois, d’avoir ma radio accrochée à l’oreille pour écouter les commentaires de matchs ou les reportages de Zanga. On peut dire que j’ai été piqué par le virus de la maîtrise de cérémonie, surtout celui du micro. Entre-temps, Gnaman Paco Drabo, qui assurait des cérémonies au niveau national, notamment avec le président, m’inspirait également. C’est comme cela que je suis véritablement venu à la maîtrise de cérémonie. Et comme le bon Dieu ne fait rien au hasard, étant inspiré par ces grandes voix du micro, dans les années 2000, j’ai eu l’opportunité d’être proche du conseil municipal de Niangoloko. Le maire, en son temps, organisait des cérémonies. Le métier n’était pas encore très connu et il fallait trouver quelqu’un sur place qui puisse se débrouiller. C’est comme cela que je suis vraiment entré dans le métier de maître de cérémonie. Petit à petit, les gens ont commencé à me connaître et j’ai été sollicité, comme je le disais tantôt, au niveau provincial, au niveau régional et, aujourd’hui, j’ai parcouru beaucoup de régions dans le cadre de ce métier.
Il nous souvient qu’en 2006-2007, vous aviez postulé pour servir comme correspondant de la RTB dans la région des Tannounyan. Dites-nous un peu ce qui s’était passé.
Mon vieux (rires), vous avez une mémoire terrible ! Je ne me rappelais même plus qu’à un moment donné, j’avais essayé d’entrer à la RTB. Malheureusement, cela n’a pas marché. Oui, c’est vrai. Je crois que c’était courant 2006, lorsque la RTB avait lancé un recrutement de correspondants, notamment pour la radio. Comme je l’ai dit, quand on entendait certaines voix à la radio, cela donnait envie d’y évoluer. Je reconnais que j’étais vraiment motivé à faire mon chemin devant le micro. Quand j’ai eu l’information, très rapidement, j’ai constitué mon dossier et je suis allé postuler. Malheureusement, je suis passé à côté. Il y avait un poste à pourvoir et j’étais deuxième sur la liste d’attente. Mais je me suis dit, en tant que bon Burkinabè, on peut trébucher, mais on ne peut jamais tomber. Peut-être que le chemin n’était pas fait pour cela. On peut toujours se frayer d’autres chemins.

De nos jours, il y a des jeunes qui s’essaient à la maîtrise de cérémonie. Le constat est que, dans la plupart des cas, certains ratent leurs cérémonies. Quels conseils avez-vous à leur donner pour réussir leurs prestations ?
Abordant ce point précis, qui est très important à mon point de vue, je voudrais que les jeunes arrivent d’abord à faire la distinction entre un maître de cérémonie et un animateur de plateau. Ce sont deux choses carrément distinctes. Le maître de cérémonie, comme l’indique son nom, est effectivement le maître de la conduite de la cérémonie dont il a la charge. C’est carrément différent d’un animateur de plateau. Quand on parle de plateau, cela peut être une scène, la télévision ou encore la radio. Donc, c’est carrément différent. Ce qu’on a l’habitude de voir de plus en plus, ce sont beaucoup plus des animateurs de plateau que des maîtres de cérémonie. Comme conseil à donner, le maître de cérémonie doit pouvoir fournir l’effort de se cultiver, parce qu’il faut avoir un minimum de bagage intellectuel pour pouvoir assurer une maîtrise de cérémonie. Ça, c’est d’abord le premier point.
Deuxièmement, il faut avoir une bonne capacité d’anticipation sur le déroulement de la cérémonie et surtout une capacité d’improvisation. Parce que dès que la cérémonie commence, vous êtes en quelque sorte le garant de sa réussite ou de son échec. Face à une situation, peut-être qu’elle relève du protocole, vous devez être en mesure d’attirer l’attention du protocole, même si ce n’est pas vous qui allez exécuter la tâche. Vous devez pouvoir lui dire qu’il faut faire ceci ou cela. Si c’est une question sécuritaire, vous devez être en mesure de réagir ou d’interpeller les personnes concernées. Que ce soit du côté des organisateurs ou de l’animation, vous devez être en mesure d’attirer l’attention. D’où l’appellation de maîtrise de cérémonie. Cela veut dire que dès que la cérémonie commence, le maître de cérémonie doit être focus sur sa cérémonie, du début jusqu’à la fin. Il doit justifier d’une bonne capacité d’anticipation. Parce que quand on ne sait pas anticiper ni improviser, c’est très difficile de réussir une cérémonie.
Troisièmement, le maître de cérémonie doit être en mesure de s’adapter à toutes les humeurs. À la fin, il a un résultat à atteindre. Il a affaire à tout le monde, à toutes sortes de personnes. Il faut donc avoir de l’humilité et être respectueux, sans oublier aussi qu’un maître de cérémonie est celui qui est devant tout le monde. Il est le miroir de la cérémonie. Le côté vestimentaire compte donc beaucoup. Je n’ai pas dit d’aller payer des tenues qui coûtent des centaines de milliers, voire des millions de francs, mais il faut avoir une tenue décente. C’est très important pour un maître de cérémonie. Les tenues extravagantes n’ont pas leur place dans une cérémonie officielle. Voilà quelques conseils que je tiens vraiment à partager avec la jeune génération.
Le conseil ultime, pour ceux qui veulent vraiment en faire un métier, c’est qu’il va falloir qu’ils se structurent. Parce qu’aujourd’hui, c’est lorsqu’on a une structure bien reconnue qu’on peut effectivement être sollicité par des organisations pour gérer cette question. Mais nous, nous sommes entrés là-dedans en tant que bénévoles, volontaires. Cela fait qu’en termes de rentabilité, d’aucuns diront qu’on a échoué. Mais moi, je ne pense pas avoir échoué, parce que j’ai cette fierté d’avoir, à un moment donné, servi à quelque chose.
Propos recueillis par Mamadou TRAORE
Wangola Médias



