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Cette année, la région du Guiriko s’est classée en tête des différentes régions du Burkina en termes de résultats au CEP session 2026. Du coup, cette région enregistre le meilleur candidat à cette session. Cette prouesse se résume au talent, à la rigueur et à la stratégie d’un homme, qui, après une année passée à la tête de la Direction régionale en charge de l’enseignement de base des Tannounyan où il a fait ses preuves, a été propulsé comme Directeur régional de l’éducation préscolaire primaire et non formelle du Gwiriko. Il s’agit de Soilliou Karantao, qui à chaque fois imprime sa marque au niveau des postes de responsabilité à lui confier par les autorités de son ministère. Wangola Médias a voulu connaitre son secret. Lisez ce grand entretien qu’il a bien voulu nous accorder.
Cela fera bientôt 3 ans déjà, vous êtes dans le Gwiriko, comment vous sentez vous après les Tannounyan que vous avez conduit en tant que Directeur régional ?
Oui, après la DRPPNEF des Tannounyan, à l’époque les Cascades, je suis allé à Bobo le 26 octobre 2023. Je me sens bien et je pense que c’est presque les mêmes missions mais avec une autre envergure parce que c’est la deuxième capitale du Burkina Faso. Mais je me sens bien, tout se passe bien là-bas.
Nous tirons vers la 3e année. Rappelez-nous quels sont les différents taux de succès au CEP réalisés depuis que vous êtes à ce poste ?
Depuis que je suis arrivé à Bobo en 2023, la région était à un taux de 69 %. Alors, on a mené la réflexion parce qu’elle était classée en ce moment 12e sur 13. On a trouvé que pour la deuxième région du Burkina, en termes d’investissements dans l’éducation, c’était un gâchis pour l’État que d’investir beaucoup d’argent et ne pas avoir les résultats escomptés. Ensemble avec les acteurs avons réfléchi et trouver des solutions aux problèmes qu’on rencontrait sur le terrain. C’est ce qui a abouti à l’organisation du forum régional sur l’éducation au niveau du Guiriko qui nous a permis de prendre des recommandations et de les suivre. Donc en 2024, on a eu 10 points en plus que 2023, car nous sommes passés à 79 %. Ensuite en 2025, toujours dans la dynamique du forum, nous avons pu obtenir 91,26 % et nous étions parmi les trois premiers au plan national. Mais cette année 2026, nous sommes à 97 % de taux de réussite. Notre projection était 95 %, c’était notre objectif et au finish, nous avons eu 97,15 %. Ce qui nous a permis de nous hisser à la tête des autres régions du Burkina.

Vous l’avez dit, entre autres, il y a eu le forum, il y a eu l’analyse de la situation mais au-delà de tout ça, il y a un secret pour pouvoir améliorer les résultats à un tel niveau. Est-ce que vous pouvez le partager ? Quel est le secret de ce succès-là ?
Il faut dire que ce que nous avons pu faire et qui a apporté vraiment un coup positif à nos résultats, c’est surtout de rassembler tous les acteurs de Guiriko, que ce soit les enseignants, les directeurs d’écoles, les CCEB, les inspecteurs qui sont dans les CEB, les Personnel administratif et de gestion (PAG), la communauté éducative de manière générale, l’administration générale, nos partenaires, le privé a été beaucoup impliqué. Ensemble nous avons essayé de poser les problèmes qui minaient le système. Nous avons trouvé qu’il fallait agir par un management participatif à travers lequel tout le monde doit participer à la gestion des structures. Et dans cette gestion des structures, l’accent a été sur l’enseignant. C’est lui qui est en classe, qui fait les résultats. Il faut lui redonner sa confiance. Si vous lui donnez sa confiance, si vous les considérez, si vous communiquez bien avec lui, il va se donner car il sera motivé davantage. Donc voici et en gros la clé qui a donné espoir aux enseignants dans le Guiriko et ils travaillent dorénavant à fond. Sinon, ce n’est pas l’excellence que nous organisons généralement et lors desquelles on donne des motos et des cadeaux qui est à l’origine. C’est la motivation permanente. Il faut remotiver les acteurs, les considérer, les mettre au cœur même du processus parce qu’entre temps, on a échangé dans les CEB, au sein des écoles, dans les provinces, on a vu que les enseignants se sentaient délaissés. Ils ne se sentaient pas considérés, ils ne se sentaient pas suffisamment impliqués dans les activités des CEB, des provinces et de la région. Donc, il fallait faire un rapprochement, descendre jusqu’à la base, rassurer les enseignants en leur faisant savoir que nous sommes engagés dans les mêmes combats et que le travail qu’ils font à la base, nous en sommes conscients et nous les appuyons. Dans cette gestion participative basée sur la gestion axée sur les résultats il faut faire en sorte que la communication soit verticale et horizontale à la fois pour que chacun puisse donner son avis, pour que chacun puisse participer à l’avancée des choses. C’est ce qui a donné vraiment force à notre action. Dans cette collaboration, dans cette gestion participative, il y a il y a les directeurs provinciaux qui ont joué un rôle déterminant parce qu’ils ont remobilisé les CCEB et leur ont donné confiance. Les CCEB à leur tour ont remobilisé les directeurs d’écoles qui ont répercuté le message sur les enseignants dans les classes. Donc, voici en réalité ce qui a vraiment fonctionné dans le Guiriko, qui ne fonctionnait pas avant et qui a permis d’avoir de tels résultats.

Dites-nous quel a été le rôle des parents d’élèves qui sont également un maillon important au sein de la communauté éducative ?
Je salue vraiment l’apport des parents d’élèves parce qu’il faut reconnaître que lorsqu’on a fait le forum, les parents d’élèves se sont engagés à mettre en en pratique les recommandations du forum telle la valorisation de l’enseignant, le respect de l’enseignant, la considération de l’enseignant et le travail participatif à l’école. Parce que tant que les parents ne donnent pas la main aux enseignants, l’enfant qui est au milieu ne peut pas réussir. Donc que ce soit les cours d’appui, que ce soit le passage dans les écoles pour encourager, que ce soit l’intervention des APE, ça beaucoup évolué. Parce qu’avant, il y a des APE même qui trimballaient les enseignants à la justice. On a travaillé sur ce problème pour éteindre « ce feu » entre les APE et les enseignants parce que ce n’est pas intéressant. À Bobo ville, il y a beaucoup de cas où des directeurs d’écoles, des enseignants ont été trimballés en justice. Mais depuis que nous avons tenu le forum, le climat s’est apaisé entre les parents d’élèves et les enseignants ce qui a créé un climat favorable au travail. Je prends l’exemple d’une école comme Bindougousso. Cette année, nous y sommes allés après l’examen blanc. Ils n’avaient même pas réalisé un taux 50 % de succès. On n’y a échangé avec eux et par la concertation, ils ont compris qu’eux-mêmes enseignants, ils avaient un rôle déterminant à jouer dans le succès des enfants. Et ils se sont investis pendant un mois, ils ont revu leur méthode de travail avec l’appui des APE, et à la session du CEP, toutes les trois écoles ont fait 100 %. C’est pour dire que c’est dans la concertation, le dialogue permanent qu’il faut travailler à valoriser les enseignants, à valoriser leur travail et à permettre à l’école de travailler dans un climat serein.

La région du Guiriko est classée première région de Burkina Faso, en tant que Directeur régional, quels sont les sentiments qui vous animent ?
En tant que DR, je dis que ce classement est la consécration d’une vision parce que quand j’arrivais à Bobo-Dioulasso comme je l’ai dit, la région était avant-dernière. 12/ 13 ce n’était pas honorable pour le pays et cela impactait négativement sur le taux national. Parce que la ville de Bobo-Dioulasso seule, cette année par exemple, comptait 47 351 candidats. Ce qui fait qu’après Ouagadougou c’est Bobo-Dioulasso qui suit. La province du Houet seule regroupait la totalité des candidats des Tannounyan et du Djôrô réunis. Puisque le Houet seul avait 34 000 candidats. Dans cette perspective, s’il n’y a pas de résultats dans les Haut-Bassins, cela veut dire aussi que le taux national va s’en ressentir. Donc pour nous c’était une vision ; c’étaient des perspectives qu’on avait. Mais les recommandations du forum s’étalent sur 5 ans. Nous sommes à la 3e année. Ce qui veut dire que ce n’est pas fini. Nos objectifs sont de pouvoir consolider ces résultats afin de maintenir le cap pour que pendant des années durant le Guiriko puisse rester à la tête de l’ensemble des régions. Sinon, c’est vraiment une fierté pour nous que de savoir déjà que les résultats sont en train de venir mais. Mais ce n’est pas un hasard, c’est le fruit d’un travail de longue haleine.
Des Tannounyan vous êtes arrivé au Guiriko. On vous sait vraiment très rattaché également à cette région des Tannounyan, quels conseils vous donnez aux acteurs de cette région qui eux aussi sont en train de monter depuis ces trois dernières années ?
Pour ma région d’origine qui sont les Tannounyan et que j’ai dirigée durant une année, nous avons pu faire en une année un forum pour jeter les bases de la remontée des résultats. Aujourd’hui nous constatons que les résultats montent effectivement. Même si nous ne sommes pas tout à fait satisfaits du pôle de montée, les lignes bougent. Surtout quand je prends la ville de Banfora, les résultats sont extraordinaires alors qu’avant c’était l’inverse. C’est Banfora qui faisait chuter la région. Dans cette perspective c’est d’inviter les acteurs de Tannounyan, nous fils de la région à toujours réfléchir. Trois ans après le forum, il sied de faire le bilan et relancer les recommandations qui en sont sorties surtout sur les aspects qui n’ont pas marché, notamment la valorisation des enseignants. Il faut changer peut-être la méthode d’évaluation, faire en sorte que les programmes enseignés dans les classes soient les mêmes sur toute la région et que les acteurs puissent se parler véritablement, que chaque acteur à sa place puisse s’investir. Il ne faut pas que de la Direction régionale à la Direction provinciale puis à l’école il y ait une cassure. Il faut que ce soit la même philosophie, la même vision, le même combat. Et je me dis que si les gens travaillent dans ce sens, on va toujours monter dans les Tannounyan et un jour peut-être qu’on va se dire que Guiriko-Tannounyan tirent le pays vers le haut.

Toute autre chose à présent, le mois artistique et culturel qui est une innovation majeure a été implémenté chez vous, quel est le bilan que vous tirez dans cette organisation ?
Je vous remercie, pour la phase d’implémentation du MAC (Mois Artistique Culturel), nous avons pu, dans la région du Guiriko, présenter trois écoles. Une école privée et deux publiques, notamment l’école Camp D, l’école Alpha Solidarité A et Ouézin-ville D. Et il faut dire que ce mois a été riche en enseignements pour nous parce que la vision était de faire en sorte que l’enfant soit dans un climat autre que celui de l’apprentissage classique en classe. Il fallait leur apprendre les coutumes, les traditions, à dire des contes, les pratiques sociétales au Burkina Faso avec le concours de personnes ressources qui sont des personnes de référence. A l’occasion, des personnes ressources sont venues apprendre à tisser aux enfants, à faire les perlages, à faire le bogolan et le batik, à raconter des contes et en tirer des leçons. Les enfants ont également appris des valeurs que sont l’interculturalité, la cohésion sociale, les pas de danse mossis, bobos, dafins et peul. C’était vraiement beau. Il faut le dire, l’art et la culture sont les fondements même de l’identité du Burkinabé et il faut l’introduire déjà au primaire à travers le mois artistique et culturel. Les notions que les enfants ont apprises à ce niveau vont appuyer la théorie en classe. Leurs enseignants étaient à côté et pouvaient apporter quelque chose. Ce n’est pas une classe normale mais c’est une classe qui forme quand même sur l’art et la culture et c’est une bonne chose pour nos enfants. Je pense que c’est une très bonne chose au lieu de laisser les enfants se promener en ce moment-là pour vendre des lotus. Parce que pendant qu’on n’a pas encore fermé les classes, on voit des enfants dans les maquis en train de vendre des lotus, en train de faire autre chose. C’est bien qu’ils apprennent à connaître leur pays en ce moment-là parce qu’ils ne sont pas encore à l’immersion patriotique, mais c’est une forme d’immersion patriotique pour eux dans le domaine de l’art et de la culture.

A partir de ces exemple-là, pensez-vous qu’on puisse organiser le MAC dans toutes les régions à présent ?
En tout cas, à partir de ce que nous nous on a vu dans le Guiriko, des hommes et des femmes se sont investis avec une certaine fierté et à la fin on a fait le bilan. Je crois que les gens sont vraiment engagés. Si l’engouement est général, si les Burkinabè s’investissent, je pense que c’est possible. Rien n’est impossible au Burkina il suffit de s’engager. Ce sont les aspects matériels qu’il faut surtout mettre de côté. C’est à dire que les gens pensent toujours qu’en faisant quelque chose, il faut attendre de l’argent en retour. Non, quand on se bat pour son pays, on ne parle pas d’argent, on parle de vision, on parle d’engagement, on parle d’objectivité. Donc il faut que les gens comprennent que pour préparer nos enfants à la vie future d’hommes intègres, il faut qu’on se sacrifie pour eux aujourd’hui. Les questions d’argent ne sont pas vraiment à prendre en compte. Il faut vraiment l’engagement personnel des personnes ressources, des enseignants, de la communauté éducative pour que le MAC puisse apporter quelque chose aux enfants.
En plus d’être la tête des régions du Burkina Faso en matière de résultats au CEP 2026, le meilleur élève du pays vient du Guiriko. Quels commentaires faites-vous à ce niveau ?
Merci pour cette question. Je pense que ça aussi je peux vous le dire, ce n’est pas le fruit du hasard. Pour dire que nous l’avons préparé. Parce que nous avons demandé aux CCEB et aux DP, après chaque examen blanc, d’identifier les deux meilleurs de la CEB et de voir quelles sont les disciplines dans lesquelles ils n’ont pas bien donner et de les y accompagner. C’est ce que nous avons fait. Nous avons 42 CEB dans le Guiriko, ce qui donne 84 élèves à l’élite. Sur les 84 élèves vous avez vu qu’il y a 10 qui sont admis au Prytanée Militaire du Kadiogo (PMK). Donc ce n’est pas le fruit du hasard, c’était préparé et on s’attendait à ce résultats. Et la moyenne de 9,94 sur 10 du meilleur élève vient confirmer ce travail qui a été fait en amont et confirmer aussi la place de cet enfant encore au PMK pour lequel il est admis. Je trouve que c’était légitime qu’on puisse vraiment occuper cette place et on attend peut-être l’excellence national pour le confirmer.

Nous sommes dans un pays qui mène une guerre contre le terrorisme. Dites-nous comment vous appréciez l’action des premiers responsables qui ont à leur tête le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré ?
Particulièrement je suis satisfait par la vision qui est imprimée par la RPP. Parce qu’il faut reconnaître que pendant longtemps beaucoup de Bukinabè caressaient l’espoir qu’une révolution puisse revenir mettre les choses en ordre parce qu’il y avait beaucoup de choses qui n’étaient pas maîtrisées. Donc aujourd’hui la vision qui est imprimée est la meilleure voie pour sortir notre génération des ratés qu’on a eu à faire et préparer les futures générations à être vraiment des hommes intègres. Je crois qu’il faut que chacun se mette dans cette toge pour corriger les erreurs du passé afin d’améliorer le futur pour nos enfants. Puisse que pour nous déjà c’est fini. La jeunesse qui s’est engagée a une vision et il faut l’accompagner. Je pense que c’est une vision noble, il faut encourager les dirigeants de ce pays, il faut les soutenir partout où on se trouve. Nous, nous sommes dans l’éducation et on ne pouvons que produire des résultats pour appuyer leur vision. D’autres, dans d’autres domaines aussi peuvent faire bien leur travail pour accompagner cette RPP. Je salue vraiment l’engagement des FDS qui se battent jour et nuit. Nous aussi en tant qu’enseignants, nous sommes des FDS dans les classes pour en tout cas défendre les idéaux de la RPP.
Entretien réalisé par Sié Yacouba Ouattara et
Go Mamadou Traoré.
Wangola Médias.



