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La Confédération des États du Sahel est née d’une volonté de rupture. Rupture avec les politiques imposées de l’extérieur, rupture avec les ingérences, rupture avec un modèle qui, pendant des décennies, a maintenu nos États dans une dépendance politique, économique et stratégique.
En quelques années, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont démontré qu’ils étaient capables de prendre des décisions majeures en matière de sécurité, de diplomatie et de coopération internationale. Cette dynamique a redonné de l’espoir à des millions d’Africains. Mais une interrogation demeure : peut-on achever la conquête de la souveraineté sans maîtriser sa propre monnaie ?
Pour de nombreux économistes, le contrôle de la monnaie est un attribut essentiel de la souveraineté d’un État. D’autres estiment qu’il est possible de préserver une monnaie commune tout en renforçant l’intégration économique. Le débat est donc réel. Toutefois, les partisans d’une rupture avec le franc CFA considèrent que tant que l’AES utilisera une monnaie qu’elle ne contrôle pas entièrement, son projet souverainiste restera limité.
L’histoire montre que les grandes puissances ont toujours utilisé leur politique monétaire comme un instrument de développement, d’industrialisation et de puissance économique.
Pourquoi l’AES devrait-elle renoncer à cet outil stratégique alors qu’elle affirme vouloir maîtriser son destin ?
Créer une monnaie sahélienne ne serait pas une démarche idéologique. Ce serait un choix stratégique. Une monnaie commune pourrait permettre de financer davantage les investissements productifs, de soutenir les échanges au sein de la Confédération et de renforcer l’intégration économique, à condition qu’elle repose sur des institutions crédibles, une discipline budgétaire et une préparation technique rigoureuse.
Les défis seraient considérables. Une nouvelle monnaie exige des réserves de change suffisantes, une banque centrale solide, des règles de gouvernance transparentes, une coordination économique étroite entre les États membres et une gestion prudente de l’inflation. Aucun de ces défis ne doit être sous-estimé.
Pourtant, les grandes transformations de l’histoire n’ont jamais été réalisées parce qu’elles étaient faciles. Elles l’ont été parce que des peuples ont choisi d’assumer le coût de leur liberté.

Si la Confédération des États du Sahel ambitionne de bâtir une souveraineté pleine et entière, la question de la monnaie ne pourra probablement pas être évitée indéfiniment. Le débat mérite d’être mené avec sérieux, sans tabou et avec une vision de long terme.
La souveraineté militaire protège les frontières.
La souveraineté diplomatique protège les intérêts.
Mais la souveraineté monétaire, pour ceux qui la défendent, protège l’avenir économique d’une nation. L’AES a ouvert un nouveau chapitre de son histoire. La création d’une monnaie commune pourrait en constituer l’une des pages les plus décisives, si les États membres choisissent cette voie et réunissent les conditions de sa réussite.
Drissa TRAORE de Soumeyla
Wangola médias



