Santé

Amadou Kagoné, attaché de santé en pédiatrie à propos du paludisme en cette saison hivernale :  » Il faut éviter certains tabous du genre c’est l’huile qui donne le paludisme ou que c’est le sort d’un maléfique oiseau »

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Nous sommes de plein pied dans la saison pluvieuse. Une période qui rime avec la recrudescence de certaines maladies dont le paludisme, cette maladie aux multiples conséquences néfastes. Comment se prémunir de cette maladie, surtout pour les enfants ? Wangola Médias a posé la question à Amadou Kagoné, attaché de santé, spécialiste en pédiatrie qui est bien connu dans la cité du paysan noir, Banfora. Il livre ici ses conseils et recommandations qui, s’ils sont pris en compte, permettront à plus d’une famille de traverser cette période de pic du paludisme sans trop de difficultés. Lisez plutôt ?

Wangola Médias : Bonjour, présentez- vous à nos lecteurs ?

Amadou Kagoné : Bonjour monsieur, je suis ravi vraiment de vous recevoir chez nous. Et avant tout propos, permettez-moi de rendre grâce à Allah, le tout-puissant qui nous a permis d’être en bonne santé ce matin. Nous continuons à le louer et à demander toujours sa miséricorde pour nous accompagner sur cette terre, ici-bas, et à l’au-delà également. Je voudrais saisir cette opportunité également pour saluer l’ensemble des autorités de ce pays, les autorités sanitaires et administratives qui nous ont permis de nous installer et de travailler dans cette petite structure à qui est un cabinet de soins à travers lequel nous tentons d’apporter notre pierre à la constitution de l’édifice sanitaire au niveau du Burkina Faso, bien sûr en respectant les cahiers de charges que l’administration nous impose. Ce qui fait que nous nous sentons interpellés à travailler dans la bonne règle. Ceci dit, je suis Amadou Kagoné, attaché de santé à spécialiste en pédiatrie. J’ai travaillé au CHR de Banfora pendant 24 ans et depuis 3 ans je suis dans le privé où je continue d’apporter ma modeste contribution pour la santé des populations de façon générale et spécialement chez les enfants.

Vous l’avez dit dans votre présentation, vous êtes Attaché de Santé Spécialiste en Pédiatrie. Et comme vous le savez, nous sommes en plein dans la saison pluvieuse. Quelles sont alors les pathologies auxquelles les gens, surtout les enfants peuvent être exposés ?

Merci vraiment pour l’intérêt du sujet et pour lequel je vais parler en termes de fréquence. Il faut savoir que le chef de file des pathologies chez l’enfant comme chez l’adulte en saison hivernale, c’est le paludisme. En plus du paludisme, on peut parler également des infections gastro-intestinales qui peuvent venir en deuxième position et quelques fois également des infections respiratoires aiguës. Toutes ces pathologies peuvent vraiment avoir une plus grande fréquence pendant la saison hivernale. Ceci dit, je vais peut-être m’attarder sur le cas du paludisme qui est une pathologie parasitaire, donc qui est due au plasmodium qui lui-même est transmis à l’homme à travers une piqûre de moustique à savoir l’anophèle femelle. Le problème que pose cette pathologie chez l’enfant est vraiment la vulnérabilité de celui-ci surtout ceux qui ont moins de 5 ans et qui peuvent être sujets à des formes graves de paludisme, quand on sait que ces formes graves du paludisme peuvent être potentiellement mortelles pour l’enfant. C’est justement ce qui commande que nous ayons un regard assez pointu par rapport à cette maladie parce que la plupart des morbidités et des mortalités qu’on rencontre de nos jours, ce sont les enfants qui paient le plus fort tribu. Donc, tout le monde doit avoir un regard attentif par rapport à cette maladie.

« Il faut savoir que le chef de file des pathologies chez l’enfant comme chez l’adulte en saison hivernale, c’est le paludisme ».

Vous venez de le dire, les cas graves de paludisme peuvent conduire à la mort, quelles précautions doit-on prendre pour prévenir cette maladie ?

 Il est vrai que quand on parle de certaines pathologies, on voit le personnel de santé mais pour ce qui est du paludisme, je pense que on doit avoir une approche holistique pour la prise en charge si nous voulons vraiment des résultats assez probants. Parlant donc de ce qu’il faut faire en termes de précautions à prendre, c’est d’abord et avant tout des mesures environnementales. C’est à dire ce qu’il faut faire pour que l’environnement immédiat de l’enfant et par extension l’environnement du quartier et de la ville entière soit assez propre pour ne pas permettre la prolifération des moustiques. Au niveau des ménages, il faut l’utilisation des Moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA). On doit enseigner les parents à la bonne utilisation de ce matériau-là. A cela il faut ajouter l’utilisation des insecticides, le nettoyage du milieu immédiat à savoir les maisons, les toilettes. Les gîtes larvaires que sont les boîtes de conserves vides et autres pneus usagés qui sont çà et là dans les cours et qui peuvent contenir des eaux stagnantes doivent être éliminés pour que les enfants ne s’infectent pas du paludisme. C’est la première précaution de mon point de vue. A cela il convient d’ajouter le suivi des recommandations de la politique sanitaire nationale en matière de prise en charge du paludisme au niveau des enfants de moins de 5 ans. Notamment j’ai parlé de moustiquaires imprégnées d’insecticide mais il ne faut pas perdre de vue le suivi de la vaccination qui est en phase pilote au niveau de Banfora. Chez les femmes enceintes, il y a ce qu’on appelle la chimioprophylaxie saisonnière avec les vaillants camarades qui passent de porte en porte pour administrer les médicaments aux enfants du moins de 5 ans. C’est l’occasion pour moi encore d’inciter les parents à permettre que cette activité se passe dans les bonnes conditions parce que les médicaments qui sont administrés ont prouvé leur efficacité. Et si on regarde, généralement quand c’est bien fait, nous sentons cela dans nos consultations car il y a une chute drastique des consultations pour paludisme. Par ricochet, les cas de paludismes graves vont quand même baisser de façon significative. Donc nous incitons tout le monde à respecter ces mesures et instructions sanitaires. Grosso modo pour le paludisme, c’est ça. Mais pour faire complet, il faut en plus éviter certains tabous du genre c’est l’huile qui donne le paludisme ou, c’est « konnon » qui a quitté le ciel pour venir prendre l’enfant. Toutes ces affirmations sont à mettre sur le compte de l’ignorance. Il faut aussi dire que des situations dramatiques peuvent en résulter parce qu’un enfant qui n’est pas complètement pris en charge, qui se met à convulser, on l’amène dans une formation sanitaire, il peut guérir avec des séquelles. Mais ce qu’il aussi craindre, ill peut perdre la vie et cela est vraiment très dommage dans la mesure où il existe toutes plusieurs mesures qu’on peut et doit observer et qui sont de mon point de vue assez simples pour permettre aux enfants de pouvoir vivre de façon harmonieuse. Donc je pense que ces mesures doivent être entreprises à pratiquement tous les niveaux.  Chacun doit jouer sa partition. Pour nous personnels de santé, il s’agit de faire la sensibilisation et de prendre en charge correctement les cas. Au niveau des pouvoirs publics, il s’agit de permettre que les populations puissent entretenir les caniveaux afin d’éviter la prolifération des vecteurs et je pense qu’avec cette synergie, l’approche holistique dont je parlais va être de mise pour le bonheur des enfants, surtout ceux de moins de 5 ans.

 » Je pense que on doit avoir une approche holistique pour la prise en charge si nous voulons vraiment des résultats assez probants ».

Il arrive que malgré la prise de toutes ces précautions, la maladie s’installe.  Quelle conduite tenir en ce moment ?

Ok, dès que le paludisme est déjà installé, la première chose à faire, c’est de consulter un technicien de la santé. Un enfant qui fait la fièvre je pense que ce qu’il faut faire c’est d’éviter l’automédication. Souvent nous sommes témoins de certaines situations qui entraînent le paludisme et qui va évoluer vers des cas graves. Dès que l’enfant fait la fièvre, les gens ont tendance à lui donner du paracétamol qui n’est pourtant pas un médicament contre du paludisme. Cette fièvre peut cacher un paludisme. Et le paracétamol est un médicament qui va faire baisser la température. Et comme le paludisme provoque souvent des fièvres récurrentes, les périodes où il n’y a pas des pics du plasmodium dans le sang, il n’y a donc pas de fièvre. L’enfant va s’amuser comme il en a l’habitude, masquer une maladie qui évolue à bas bruit mais qui est en train de détruire son sang pour parler vraiment terre à terre. Ce sont donc souvent ces enfants qui se mettent à convulser et arrivent souvent tardivement en consultation. C’est pourquoi les parents doivent avoir à l’esprit que dès que l’enfant fait la fièvre, il faut l’amener même rapidement vers un personnel de santé, dans une formation sanitaire où on pourra faire un bon diagnostic et administrer les soins qu’il faut.

Comment peut-on conclure cet entretien ?

Vraiment je dois dire que nous sommes très ravis de vous recevoir chez nous. Nous disons vraiment merci à Wangola Médias pour le travail que vous abattez à Banfora et qui va au-delà de nos frontières.  Je suis souvent les publications qui sont des publications d’intérêt et pour lesquelles nous devons vous féliciter et vous encourager à poursuivre. Bon vent à vous et je prie le bon Dieu de nous donner le courage et la force de pouvoir tenir dans nos différents postes de travail et qu’il bénisse ce pays et ses habitants.

Entretien réalisé par Go Mamadou TRAORE

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