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Longtemps dépendant d’une partie de son approvisionnement électrique de certains pays voisins, le Burkina Faso entend désormais réduire sa vulnérabilité énergétique. Sous la Révolution Progressiste Populaire (RPP), le pays mise sur ses capacités endogènes pour accélérer l’électrification et renforcer son autonomie. Avec une prévision budgétaire de 104 milliards de FCFA pour atteindre 70 % de couverture du territoire national à l’horizon 2030, le pari peut sembler audacieux. Mais il traduit surtout un changement de paradigme.
Pendant des années, le Burkina Faso a dû composer avec une réalité énergétique qui limitait sa marge de manœuvre : une partie de ses besoins en électricité dépendait de l’extérieur. Cette situation pouvait paraître normale dans le fonctionnement d’un système énergétique interconnecté. Elle n’en demeurait pas moins une vulnérabilité stratégique. Car lorsque les pays fournisseurs traversent des difficultés internes, qu’elles soient techniques, économiques ou sécuritaires, les répercussions peuvent rapidement franchir les frontières. Les délestages et les baisses de fourniture d’électricité ne sont alors plus seulement des problèmes techniques. Ils deviennent des contraintes qui affectent les ménages, les entreprises, les administrations et l’ensemble de l’activité économique.
De la dépendance à la souveraineté
C’est précisément cette vulnérabilité que la nouvelle orientation énergétique du Burkina Faso entend progressivement corriger.
Avec l’avènement de la Révolution Progressiste Populaire conduite par le Capitaine Ibrahim TRAORÉ, la question énergétique s’inscrit davantage dans une logique de souveraineté nationale. L’objectif n’est plus seulement de rechercher de l’électricité là où elle est disponible, mais de développer les capacités permettant au pays de produire, distribuer et maîtriser davantage sa propre énergie.
Cette orientation rejoint une conception plus large de la souveraineté : un État ne peut véritablement décider librement de son développement lorsqu’un secteur aussi stratégique que l’énergie demeure fortement exposé aux décisions et aux difficultés de l’extérieur.
L’électricité est en effet au cœur de presque tout.
Pas d’industrialisation durable sans énergie. Pas de transformation massive des productions agricoles sans énergie fiable. Pas de développement des services, des télécommunications, des infrastructures sanitaires et éducatives sans alimentation électrique suffisante. Même l’exploitation et surtout la transformation locale des ressources minières nécessitent des capacités énergétiques importantes. La souveraineté énergétique devient donc, par ricochet, une composante de la souveraineté économique.
104 milliards de FCFA : petit budget, grande ambition ?
Le Burkina Faso prévoit 104 milliards de FCFA pour l’électrification de 70 % du territoire national à l’horizon 2030. À première vue, le montant peut sembler dérisoire face à l’immensité du défi. Électrifier un pays vaste, développer les réseaux, renforcer les capacités de production, assurer le transport et la distribution de l’électricité représentent des investissements considérables. Mais réduire le débat au seul montant financier serait passer à côté de l’essentiel.
La véritable particularité de la démarche réside dans la volonté de faire davantage avec les ressources disponibles et de compter sur les compétences nationales. C’est là que se trouve probablement l’un des paris les plus importants de la nouvelle politique : faire de la ressource humaine burkinabè un véritable facteur de souveraineté.
Miser sur l’intelligence et le savoir-faire burkinabè
Le Burkina Faso ne part pas de zéro. Le pays dispose d’ingénieurs, de techniciens, d’ouvriers qualifiés, de chercheurs, d’entrepreneurs et de nombreux jeunes capables de participer à la conception, à la réalisation et à la maintenance des infrastructures énergétiques.
La logique est donc simple : l’argent est important, mais il ne suffit pas à lui seul à construire la souveraineté. Encore faut-il disposer d’hommes et de femmes capables de transformer les financements en infrastructures, les infrastructures en services et les services en développement.
Dans cette perspective, chaque compétence nationale mobilisée constitue une forme d’investissement. L’enjeu est également de développer progressivement une expertise locale dans la fabrication, l’installation, l’entretien et la réparation des équipements énergétiques. Une infrastructure qui dépend entièrement de compétences ou de pièces venues de l’extérieur peut rapidement devenir une nouvelle forme de dépendance.
La souveraineté énergétique doit donc être pensée comme une chaîne complète, allant de la production à la distribution, en passant par les compétences, la technologie, la maintenance et la formation.
L’énergie, carburant de la transformation économique
Atteindre 70 % d’électrification ne doit pas être considéré comme un simple indicateur administratif. Derrière chaque localité électrifiée, il y a potentiellement une activité économique supplémentaire. Un atelier qui peut fonctionner plus longtemps. Une unité de transformation agricole qui peut augmenter sa production. Un centre de santé qui améliore ses services. Une école qui bénéficie de meilleures conditions d’apprentissage. Une petite entreprise qui peut investir dans de nouveaux équipements.
L’électricité crée ainsi un effet multiplicateur.
Pour un pays qui ambitionne de transformer davantage ses matières premières sur place, développer son agriculture et renforcer son tissu industriel, la disponibilité de l’énergie constitue une condition fondamentale. Produire localement exige de pouvoir alimenter localement.
C’est pourquoi la bataille énergétique dépasse largement la question des branchements domestiques. Elle concerne directement le modèle économique que le Burkina Faso veut construire.
Un pari qui exige rigueur et efficacité
La souveraineté énergétique ne se décrète cependant pas. Elle se construit dans la durée. Le défi sera donc de transformer les orientations budgétaires en réalisations concrètes, avec une gestion rigoureuse des ressources, une sélection pertinente des projets, une exécution efficace des travaux et surtout une maintenance durable des infrastructures. L’objectif de 70 % du territoire à l’horizon 2030 constitue une ambition importante. Sa réussite dépendra autant des financements mobilisés que de la capacité à éviter les déperditions, à renforcer les compétences nationales et à assurer la pérennité des installations. C’est à ce niveau que le pari des ressources humaines endogènes prendra tout son sens.
Ne plus subir les crises des autres
Pendant longtemps, une difficulté énergétique chez un voisin pouvait avoir des conséquences directes sur le Burkina Faso. La nouvelle ambition consiste à inverser progressivement cette logique : ne plus être simplement un pays qui subit les contraintes de son environnement énergétique, mais devenir un pays capable de construire ses propres réponses.

Les 104 milliards de FCFA prévus ne représentent donc pas, à eux seuls, la solution à l’ensemble du problème énergétique national. Ils peuvent cependant constituer un levier, à condition d’être accompagnés d’une stratégie cohérente, d’une mobilisation des compétences nationales et d’une volonté constante de réduire les dépendances.
Au fond, le véritable enjeu est peut-être moins de savoir si 104 milliards suffiront à tout faire que de déterminer si le Burkina Faso saura les utiliser intelligemment pour enclencher une dynamique durable. Car la souveraineté commence souvent par un choix : cesser de considérer la dépendance comme une fatalité et décider de construire, avec ses propres forces, les capacités dont on a besoin.
Et dans le domaine de l’énergie, ce choix pourrait bien devenir l’un des fondements de la transformation économique du Burkina Faso.
Drissa TRAORE de Soumeyla
Wangola Médias



