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Le rendez-vous footballistique mondial bat son plein depuis quelques semaines au Etats-Unis d’Amérique. Une occasion de revenir sur ce qu’il convient de nommer « l’ingratitude du football » voire, « l’intolérance » avec l’exemple récent du joueur ivoirien à ce mondial. D’abord vilipendé sur les réseaux sociaux, des supporters ont franchi le rubicon à travers des actes de vandalisme en Côte d’Ivoire.
Le football est souvent présenté comme une école de fidélité, de passion de fair-play et de mémoire collective. Pourtant, derrière les chants des tribunes et les célébrations des victoires, se cache une réalité beaucoup plus brutale : l’ingratitude. Dans ce sport où l’émotion domine souvent la raison, entraîneurs et joueurs peuvent passer du statut de héros à celui de coupables en quelques semaines, parfois en quelques secondes.
La première victime de cette culture est bien souvent l’entraîneur. Aujourd’hui, la patience est devenue une denrée rare, voire inexistante dans le football moderne.
En effet, certains chiffres traduisent cette instabilité grandissante. Selon des études récentes, plus de 75 % des entraîneurs des championnats de première division dans le monde occupent leur poste depuis moins d’un an. Dans certaines ligues, la durée moyenne d’un mandat est même inférieure à une saison complète. La moyenne mondiale tournerait autour de 459 jours, soit à peine un an et trois mois.
Cette pression a créé une véritable culture du licenciement. En Angleterre, des statistiques de la League Managers Association montrent que plus de 200 entraîneurs et membres de staff ont perdu leur poste lors d’une saison récente, avec une durée moyenne de présence inférieure à une année dans certains cas.
Et il faut le souligner, l’histoire du football est remplie d’exemples d’entraîneurs sacrifiés malgré leurs réussites passées. Combien de techniciens en effet ont construit des équipes performantes avant d’être remerciés après quelques mauvais résultats ? Une série de 3 ou 4 matchs sans victoire suffit parfois à effacer plusieurs saisons de travail, voire de sacrifices. Le football développe une mémoire très courte car le succès d’hier ne garantit aucune reconnaissance aujourd’hui.
Mais, si les entraîneurs sont les premières victimes de l’ingratitude frappée d’intolérance, les joueurs n’échappent pas à ce tribunal populaire. Dans le football, une seule erreur peut marquer la fin d’une carrière entière. Les supporters, emportés par la passion, ont parfois tendance à réduire un joueur à une action malheureuse.
L’un des exemples les plus célèbres, reste celui du gardien colombien Andrés Escobar. Son but contre son camp lors de la Coupe du monde 1994 avait provoqué une immense colère dans son pays. Aussi, lors de la finale de la Ligue des champions 2018, Loris Karius a commis deux erreurs majeures qui ont coûté le titre à son équipe. Quelques heures après la rencontre, les réseaux sociaux ont explosé de critiques et d’insultes dirigées contre le gardien allemand.
Autre cas marquant, celui de David Beckham lors de la Coupe du monde 1998. Son expulsion contre l’Argentine avait provoqué une vague de colère en Angleterre. Celui qui était une vedette nationale était soudain devenu l’homme à abattre. Pourtant, quelques années plus tard, il redeviendra l’un des joueurs les plus admirés de son pays.
Les statistiques démontrent pourtant que les erreurs font partie intégrante du jeu. Dans les grands championnats européens, plusieurs centaines d’erreurs individuelles conduisant directement à un tir ou à un but sont enregistrées chaque saison. Certaines de ces erreurs deviennent des condamnations publiques parce qu’elles surviennent au mauvais moment : une finale, un derby ou une compétition internationale. Au le dire, un véritable paradoxe du football moderne. Les supporters réclament des joueurs capables de prendre des risques et des entraîneurs capables d’innover, mais tolèrent difficilement l’échec qui accompagne ces choix.
Du reste, le football est une histoire de passion. Cette passion peut parfois devenir injuste. Entre l’entraîneur remercié après avoir construit un projet et le joueur transformé en bouc émissaire après une erreur, l’ingratitude est depuis une composante silencieuse du jeu. Et malheureusement, dans les stades, la gloire est souvent immédiate et l’oubli l’est encore davantage.
Au Burkina Faso, l’ingratitude dans le football a aussi laissé des traces profondes, aussi bien envers des entraîneurs qu’envers des joueurs. Parmi les cas les plus marquants figurent celui de l’entraîneur Saboteur, Kamou Malo, le portugais Paulo Duarte, qui, arrivé à la tête des Étalons en 2008, a contribué à restructurer l’équipe nationale et à la rendre plus compétitive. Sous sa direction, le Burkina Faso avait atteint la 37è place du classement FIFA, un niveau rarement atteint à l’époque. Il avait également permis aux Étalons de se qualifier pour plusieurs compétitions majeures.

Pourtant, après l’échec de la CAN 2012 où l’équipe avait enregistré trois défaites en trois matchs, Duarte a été limogé. Quatre années de travail ont été balayées par une compétition ratée. Ironie de l’histoire, il sera rappelé plus tard et conduira le Burkina Faso jusqu’à une troisième place historique à la CAN 2017, preuve que son apport n’avait jamais été totalement reconnu à sa juste valeur.
Du côté des joueurs, l’histoire de certains Étalons montre également la dureté du jugement populaire. C’est le cas de Aristide Bancé, héros offensif du Burkina durant plusieurs années et acteur majeur de l’épopée de 2013, a parfois subi les critiques des supporters après des occasions manquées lors de rencontres importantes. Malgré ses nombreux buts et son engagement pour le maillot national, certaines prestations moins réussies avaient parfois suffi à alimenter une vague de reproches.
Jonathan Pitroipa, n’a pas été en reste, lui aussi artisan majeur du parcours historique des Étalons jusqu’en finale de la CAN 2013, a connu des périodes où des performances en dessous des attentes ont suscité frustrations et critiques. Dans le football burkinabè comme ailleurs, la mémoire des supporters semble parfois plus courte que les exploits réalisés. Et pourtant, rien n’est véritablement entreprit pour changer ce triste tableau par la sensibilisation des supporters et un recule nécessaire des décideurs, à différents niveaux : Mondialement, à l’échelle continental voire national. Coachs et joueurs, obligés qu’ils sont d’avoir les dos larges, continueront de subir cette ingratitude, parfois une furie inexplicable. Comme si la première règle du sport n’était le jeu, où le fair-play doit régner dans les pelouses et les gradins.
Wangola Médias.



