Société

Port du casque au Burkina Faso : le dernier avertissement du ministre, entre pédagogie et passage à la fermeté.

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La dernière sortie du ministre de la Sécurité, Mahamadou Sana, sur le port obligatoire du casque marque probablement un tournant dans la politique de sécurité routière au Burkina Faso. En annonçant que « la sensibilisation a pris fin » et qu’il faut désormais passer à « l’application rigoureuse de la loi », le ministre ne se contente plus de rappeler une consigne : il adresse un dernier avertissement aux usagers de la route.

Cette déclaration doit d’abord être comprise comme l’aboutissement d’une longue période de pédagogie. Depuis plusieurs années en effet, les autorités burkinabè tentent de faire entrer le port du casque dans les habitudes des utilisateurs de motocyclettes, particulièrement nombreux dans le pays. IL faut que le problème n’est pas nouveau au Faso. En 2022 déjà, le débat sur l’application effective de l’obligation du casque était présentée comme un défi majeur, alors que les accidents impliquant les deux-roues continuaient de provoquer de nombreux traumatismes et décès.

La nouveauté de la sortie du ministre réside surtout dans le changement de langage. Jusqu’ici, l’État insistait principalement sur la sensibilisation, l’explication et la responsabilité individuelle. Désormais, le message est beaucoup plus direct : ceux qui continueront à ne pas porter leur casque doivent s’attendre à l’application de la réglementation. Le ministre semble ainsi considérer que l’argument de l’ignorance ne peut plus être invoqué après les nombreuses campagnes de sensibilisation.

Sur le fond, cette fermeté se justifie par une réalité incontestable : le casque n’est pas un accessoire esthétique, mais un équipement de protection destiné à réduire les conséquences des accidents. Les données évoquées dans les précédentes campagnes de sécurité routière montrent l’importance des traumatismes crâniens parmi les victimes d’accidents de la circulation.  Le choix de l’État de faire du casque une priorité apparaît donc comme une mesure de protection de la vie humaine.

Mais le dernier avertissement du ministre soulève également une question essentielle : comment passer de la sensibilisation à la répression sans provoquer un rejet de la mesure ? L’histoire du Burkina Faso montre que l’application brutale de l’obligation du casque peut susciter des résistances. En 2006, l’entrée en vigueur d’une mesure similaire avait notamment provoqué de fortes contestations.  L’enjeu actuel sera donc de faire respecter la loi avec fermeté, tout en évitant que les contrôles ne soient perçus comme une simple opération de sanction.

Le gouvernement devra également veiller à l’accessibilité et à la qualité des casques. Il serait contradictoire d’exiger leur port tout en laissant circuler des équipements de mauvaise qualité ou en faisant peser une charge excessive sur les populations modestes. La responsabilité doit aussi concerner les vendeurs et les autres acteurs de la chaîne de commercialisation des motocyclettes.

En définitive, la phrase du ministre « la sensibilisation a pris fin » doit être interprétée comme un message de rupture. L’État estime avoir suffisamment expliqué et il veut maintenant voir les comportements changer. Ce dernier avertissement met donc les usagers face à leur responsabilité, mais il met également les pouvoirs publics face à la leur : contrôler équitablement, sanctionner conformément à la loi et poursuivre l’éducation routière.

Le succès de cette nouvelle phase ne se mesurera pas au nombre d’amendes infligées, mais au nombre de vies épargnées. Si le Burkina Faso veut véritablement transformer le port du casque en réflexe collectif, la fermeté devra être accompagnée de cohérence, d’équité et de constance. Le dernier avertissement du ministre peut ainsi devenir un véritable tournant dans la sécurité routière, à condition que la parole publique soit désormais suivie d’actes.

Sié Yacouba Ouattara

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