Justice au Burkina Faso : Ibrahim Traoré plaide pour un modèle enraciné dans les valeurs endogènes

Lors de son discours à la Nation le 31 décembre 2025, le Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso, a consacré une partie importante de son intervention à la question de la Justice. Wangola Médias se propose de faire une analyse sur cette partie du discours du Capitaine Ibrahim TRAORE.
Un sujet sensible, mais central dans la quête de cohésion sociale et de stabilité nationale. À travers ses propos, le Chef de l’État n’a pas remis en cause le principe même de la Justice, mais plutôt le modèle de Justice actuellement appliqué au Burkina Faso, qu’il juge inadapté aux réalités socioculturelles du pays.
Une Justice héritée de l’extérieur, source de fractures
Selon le Président du Faso, la Justice telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui au Burkina Faso est en grande partie un héritage importé, principalement issu de l’histoire coloniale. Or, estime-t-il, cette Justice « importée » fonctionne sur des référentiels, des normes et des logiques souvent éloignés des valeurs, des pratiques et des mécanismes traditionnels de régulation sociale des communautés burkinabè.
Pour Ibrahim Traoré, cette inadéquation explique en partie pourquoi la Justice, au lieu d’être un facteur de cohésion sociale, est parfois perçue comme une source d’incompréhension, de frustration, voire de division. « On ne peut pas importer une Justice, l’appliquer mécaniquement et espérer obtenir la cohésion sociale », a-t-il martelé.
Réhabiliter les valeurs endogènes de gestion des conflits
Face à ce constat, le Chef de l’État propose une orientation claire : incorporer les valeurs endogènes de gestion des conflits dans le système judiciaire. Il s’agit, selon lui, de revisiter le modèle actuel afin d’y intégrer des mécanismes traditionnels qui, depuis des générations, ont permis aux communautés de résoudre les différends, de restaurer la paix sociale et de préserver le vivre-ensemble.
Ces valeurs reposent notamment sur :
- la recherche de la réconciliation plutôt que la seule sanction ;
- la restauration du lien social ;
- le respect de la parole donnée ;
- le rôle des autorités morales et coutumières dans la médiation ;
- la primauté de l’intérêt collectif sur les querelles individuelles.
Pas un rejet de la Justice moderne, mais une adaptation
Contrairement à certaines interprétations hâtives, la position du Capitaine Ibrahim Traoré ne signifie pas un rejet de la Justice moderne ou de l’État de droit. Il s’agit plutôt d’une volonté d’adaptation et d’appropriation : construire une Justice qui parle aux citoyens, qui s’enracine dans leur histoire, leurs valeurs et leurs modes de vie.
Espace Pub

Les Laboratoires Phytofla, Partenaire Internet de Wangola Médias
Autrement dit, le Président du Faso appelle à une Justice hybride, où le droit moderne cohabite intelligemment avec les mécanismes traditionnels, afin de renforcer la légitimité des décisions judiciaires et de restaurer la confiance entre les populations et l’institution judiciaire.
Une vision politique et sociétale
La réflexion sur la Justice s’inscrit dans une vision plus large portée par le Chef de l’État : celle de la reconquête de la souveraineté, y compris sur le plan institutionnel et culturel. Pour Ibrahim Traoré, bâtir une Nation forte passe aussi par des institutions qui ressemblent au peuple qu’elles servent.
En plaçant la Justice au cœur du débat sur les valeurs endogènes, le Président du Faso invite à une réflexion nationale profonde : quelle Justice voulons-nous pour le Burkina Faso, et pour quel type de société ?
Un débat qui, à l’évidence, dépasse le cadre juridique pour toucher aux fondements mêmes de l’identité nationale et du vivre-ensemble.
Drissa TRAORE de Soumayla
Wangola Médias



