Société

Fayama Kakenia alias Natiole (ancien apprenti de Lass) : “ A l’époque nous ne savions pas que nous pourrions devenir un jour des patrons de la mécanique moto”.

Ils sont nombreux ces apprentis de Hilou Lassina, affectueusement appelé “Lass” dans la ville de Banfora. Disparu de façon tragique de suite d’un accident de la circulation, ses apprentis ont su relever le défi de sa passion, voire sa maitrise dans la réparation des engins à deux roues. Plusieurs d’entre eux sont devenus des patrons dans la cité du paysan noir et forment au métier des dizaines de jeunes. De ceux-là, Fayama Kakénia alias Natiole. Après son apprentissage réussi chez Lass, il est devenu un patron à Siniéna à une dizaine de kilomètres de Banfora où il a ouvert son garage. Le métier de la mécanique motos nourris-t-il son homme ? C’est ce que l’on peut retenir de cet entretien sur les petits métiers à nous accordé par Natiole au détour d’une mission où une panne mécanique nous a conduit à lui. 

Wangola Médias : Présentez-vous à nos lecteurs ?

Je me nomme Fayama Kakénia. Quand j’étais apprenti chez Hilou Lassina dit Lass, on m’appelait “Natiole”. Je suis originaire de Siniéna. Mon apprentissage chez Lass a été très bénéfique pour moi. Je ne vais pas mentir, j’ai eu beaucoup d’opportunités. A l’époque, nous ne savions pas que nous pourrions devenir un jour des patrons de la mécanique moto. Mais aujourd’hui, grâce à lui, nous rendons grâce à Dieu. Lass ne vit plus mais nous ne pouvons pas dire du mal de lui.

Natiole ici en plein dépannages d’une moto

Depuis quelques années vous avez ouvert votre garage. Concrètement, dites-nous quels bénéfices tirez-vous de votre métier ?

Je ne regrette pas du tout après avois ouvert mon garage à Siniéna. Beaucoup apprennent la mécanique mais finalement ils ne tirent aucun bénéfice. Mais pour mon cas, une fois que je me suis formé et que j’ai pu ouvrir mon garage, je remercie Dieu. Car j’ai une cour à mon nom. Actuellement j’arrive à me prendre en charge. Je parviens à subvenir à mes besoins.

Depuis quand tu exerce le métier ?

C’est en 1999 que j’ai commencé mon apprentissage à coté la gare de la compagnie de transports STMB. A cette période, c’était les petites motos. C’est après que je suis allé me former chez Lass et j’ai quitté son garage en 2009 pour venir créer le mien à Siniéna.

Combien d’apprentis avez-vous déjà formés à ce jour et qui arrivent à leur tour à se prendre en charge ?

Les apprentis que j’ai formés et qui sont à leur compte sont deux. Le troisième est toujours en formation avec moi.

Quels souvenirs avez-vous gardé de Lass, votre patron défunt ?

Lass était connu dans toute la ville de Banfora. Il était à l’époque le numéro un de la mécanique des deux roues à Banfora. Personne ne le dépassait dans son domaine. Les gens l’aimaient beaucoup et sa disparation tragique nous a beaucoup affligé. Car nous n’avions pas fini d’apprendre de lui.

Natiole arrive à satisfaire ses besoins

Qu’est-ce que tu as pu apprendre de spéciale au garage de Lass ?

J’ai beaucoup appris de lui. Il ne laissait jamais ses apprentis désœuvrés, se tourner inutilement les pouces. Il nous intéressait à tout. S’il y avait du travail, il te donnait les consignes nécessaires comment faire et si tu suivais ces consignes, tu t’en sortais toujours bien. En tout cas, si tu avais la volonté d’apprendre avec lui, tu ne pouvais que forcement acquérir des connaissances.

Existe-t-il malgré tout des difficultés liées à l’exercice de ton métier ?

Ce sont des difficultés inerrantes au manque de soutien. Si bien que, si tu as un projet, tu es obligé de le mener pas à pas, dans la patience pour pouvoir aboutir. Sinon, si c’est la connaissance dans le domaine, j’ai le savoir. Ce qui nous fatigue, c’est comment acquérir les pièces détachées et certains outils de travail comme les clés.

Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Récemment, j’ai reçu une moto routière tombée en panne pour un problème de pneu. J’ai cherché toutes les solutions mais à cause d’un problème de clés non adaptées, je n’ai pas pu démonter la roue afin de dépanner le client. Je ne possédais pas ce genre de clés et j’ai tâtonné en vain. Par fini, nous avons embarqué la moto sur un tricycle pour Banfora au garage de Lass tenu actuellement par un de ses apprentis. Là-bas, ils ont pu trouver les clés nécessaires pour démonter la roue et gérer la situation. Lass avait su s’équiper en outils de travail.

Avec cet ancien client du garage de Lass, l’accueil de Natiole a été très amical

Pourquoi peux-tu manquer de clés pour ces grosses motos ? C’est pourtant ce que vous avez appris avec Lass.

Sincèrement c’est le manque de moyens pour les acquérir.

C’est dire que malgré le décès du patron, vous collaborez entre anciens apprentis ?

Nous continuons de collaborer entre nous. Quand j’ai quitté le patron, il ne faisait pas deux semaines sans venir me voir dans mon garage. Aussi, de son vivant, le dépannage qui me fatiguait, je lui faisais appel et il me donnait les orientations nécessaires pour la réparation de l’engin. Souvent si je ne parvenais pas, il se déplaçait lui-même à Siniéna.

Comment vous avez pu surmonter sa disparation tragique ?

La mort de Lass a beaucoup joué sur nous. Mais la mort étant une question divine, on ne pouvait rien faire. Sa mort nous a surpris et c’est comme si nous n’avions pas encore fini d’apprendre auprès de lui. Nous avons toujours travaillé avec son expérience.

Un appel ?

Nous comptons sur tout le monde pour nous en sortir.

Propos recueillis par Sié Yacouba Ouattara.

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