Société

Pourquoi le Togo est interpellé dans le dossier Damiba

Entre droit d’asile, obligations internationales et stabilité régionale

Depuis sa chute du pouvoir en septembre 2022, l’ancien président de la Transition burkinabè, Paul-Henry Sandaogo Damiba, s’est réfugié au Togo. À l’époque, Lomé l’a accueilli au nom des principes du droit international, notamment ceux relatifs à la protection des personnes en situation de vulnérabilité politique.

Mais aujourd’hui, le contexte a profondément évolué. Les autorités burkinabè affirment que Damiba est cité dans plusieurs tentatives de déstabilisation du Burkina Faso, certaines le présentant comme un acteur central, voire un cerveau. Ces accusations, graves, posent une question majeure : jusqu’où un État hôte peut-il protéger un ancien dirigeant sans compromettre ses obligations internationales et ses relations diplomatiques ?

1. Le droit international protège, mais n’autorise pas tout

Le droit international, notamment la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et le droit coutumier, reconnaît à un État le droit d’accorder l’asile ou la protection à une personne menacée. Cependant, ce même droit pose une limite très claire : un État ne peut pas permettre que son territoire serve de base à des activités portant atteinte à la sécurité d’un autre État souverain. Autrement dit accueillir Damiba est légal mais tolérer ou ignorer des activités subversives menées depuis son sol ne l’est pas. Le principe fondamental de non-ingérence oblige le Togo à empêcher toute action susceptible de déstabiliser le Burkina Faso.

2. Une responsabilité politique et sécuritaire pour Lomé

Si les accusations portées par Ouagadougou sont avérées ou étayées par des éléments sérieux, le Togo se retrouve face à une responsabilité directe. Dans ce cas, trois options s’offrent à lui : restreindre strictement les mouvements et activités de Damiba sur son territoire ; ouvrir une coopération judiciaire ou sécuritaire avec le Burkina Faso ; ou, en dernier recours, procéder à son extradition ou à sa remise, conformément aux mécanismes bilatéraux ou régionaux existants. Continuer à offrir une protection sans contrôle exposerait Lomé à des tensions diplomatiques croissantes, non seulement avec le Burkina Faso, mais aussi avec la Confédération des États du Sahel (AES), qui fait de la lutte contre les déstabilisations internes un axe central de sa doctrine sécuritaire.

3. Le risque d’un isolement diplomatique du Togo

Le Sahel traverse une phase de recomposition politique et stratégique profonde. Dans ce contexte, tout État perçu comme un refuge pour des acteurs accusés de déstabilisation risque d’être marginalisé. Pour le Togo, pays historiquement engagé dans la médiation régionale, cette situation est délicate. Protéger indéfiniment Damiba, malgré les soupçons répétés, pourrait entacher son image de médiateur crédible ; fragiliser ses relations avec ses voisins ; créer un précédent dangereux pour la sécurité régionale.

4. Livrer Damiba : une option politiquement rationnelle ?

La remise de Damiba au Burkina Faso ne serait pas nécessairement un aveu de culpabilité, mais pourrait être interprétée comme un acte de respect du droit international ;une volonté de préserver la stabilité régionale ; un signal fort de coopération avec les autorités burkinabè. À défaut de pouvoir garantir que l’ancien chef de la Transition n’agisse plus contre le Burkina Faso, le Togo pourrait considérer que sa remise est le moindre mal, afin d’éviter une crise diplomatique plus large.

Une équation juridique et politique sensible

Le dossier Damiba place le Togo à la croisée de plusieurs impératifs : droit international, sécurité régionale, relations diplomatiques et crédibilité politique. Si le droit lui permet d’accueillir un ancien dirigeant déchu, il ne l’autorise en aucun cas à fermer les yeux sur des actes présumés de déstabilisation commis depuis son territoire. Dans le contexte actuel du Sahel, la question n’est donc plus seulement de savoir si le Togo peut protéger Damiba, mais s’il doit continuer à le faire, au prix d’une tension durable avec le Burkina Faso et l’AES.

Drissa TRAORE de Soumeyla

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