Burkina Faso : quand l’assiette devient un champ de bataille pour la souveraineté
À Ouagadougou, le ton est désormais clair, frontal, sans détour. À l’occasion du lancement de la 3e édition des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne, le message présidentiel marque un tournant décisif : la lutte pour la souveraineté ne se joue plus seulement sur les terrains militaires ou diplomatiques, mais aussi — et surtout — dans nos assiettes.
Ce discours n’est pas une simple exhortation morale. C’est une déclaration de guerre contre une dépendance alimentaire profondément enracinée, héritée de décennies de conditionnement économique et culturel. Une dépendance qui, selon les mots du Chef de l’État, s’invite quotidiennement à notre table, à travers le riz importé, le lait en poudre ou encore les conserves venues d’ailleurs.
Une dénonciation radicale de “l’impérialisme alimentaire”
L’idée est forte, presque dérangeante : l’impérialisme ne se limite pas aux grandes théories géopolitiques, il est aussi dans les gestes les plus ordinaires. Manger devient un acte politique. Le message présidentiel met en lumière une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : pendant que les produits importés inondent les marchés burkinabè, les productions locales peinent à trouver preneur. Des récoltes entières, issues de Bagré, du Sourou ou de Samendeni, risquent de pourrir faute de débouchés. Derrière ce constat, une accusation implicite mais claire : le système économique actuel favorise davantage l’importation que la valorisation du potentiel national. Et ce déséquilibre n’est pas seulement économique, il est aussi psychologique.
Espace Pub

Les Laboratoires Phytofla, sponsor connexion de Wangola Médias
Le poids du conditionnement mental
L’un des passages les plus percutants du message réside dans cette critique du “conditionnement mental”. Pendant des années, les Burkinabè ont été amenés à croire que ce qui vient de loin est forcément meilleur. Résultat : une dévalorisation progressive des produits locaux et des savoir-faire nationaux.
Le Faso Dan Fani jugé “trop cher”, le mil relégué au second plan face au pain de blé, le soumbala remplacé par des cubes industriels… autant de symboles d’un glissement silencieux mais profond. Ce que le discours propose, c’est une rupture nette avec cette logique. Une réhabilitation de l’identité économique et culturelle à travers des choix de consommation assumés.
“Mon assiette, ma fierté” : un slogan, mais surtout une stratégie
Le thème de cette édition — “Souveraineté alimentaire et patriotisme économique : ensemble, cultivons notre dignité” — et son slogan — “Mon assiette, ma fierté” — traduisent une volonté de transformation structurelle.
L’objectif est clair : faire du “consommer local” un réflexe national, une norme sociale, presque un devoir civique. Dans cette perspective, chaque acte de consommation devient un levier de développement : acheter local, c’est soutenir les producteurs ;
porter local, c’est valoriser les artisans ; cuisiner local, c’est préserver un patrimoine et une autonomie. Ce repositionnement redonne du sens à l’économie nationale en la reconnectant aux réalités sociales.
Une mobilisation générale appelée
Le message ne s’adresse pas uniquement aux consommateurs. Il interpelle aussi les commerçants, accusés parfois de privilégier des circuits d’importation frauduleux au détriment de l’économie nationale. L’État, de son côté, promet des mesures pour protéger le “made in Burkina”. Mais le Président insiste : aucune politique publique ne peut réussir sans un sursaut collectif.
L’appel est donc global :
aux producteurs, pour intensifier et diversifier l’offre ;
aux commerçants, pour privilégier les circuits locaux ;
aux citoyens, pour transformer leurs habitudes.
Espace Pub

L’AGEREF-CL, la première expérience de gestion participatif des ressources naturelles
Une vision souverainiste assumée
Au-delà de la question alimentaire, ce discours s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un Burkina Faso résolument souverain, capable de résister aux chocs extérieurs et de maîtriser son destin. L’idée est simple mais puissante : “celui qui remplit votre assiette finit par vous dicter sa volonté”. Autrement dit, la dépendance alimentaire est une forme de vulnérabilité stratégique. Et y mettre fin, c’est poser les bases d’une véritable indépendance.
Vers une révolution silencieuse ?
Ce qui se joue aujourd’hui pourrait bien être une révolution silencieuse. Une révolution qui ne passe ni par les armes ni par les grandes déclarations internationales, mais par des choix quotidiens, répétés, ancrés dans la vie de chaque citoyen. Reste une question essentielle : les Burkinabè sont-ils prêts à ce changement ? Car si le discours trace une direction claire, sa réussite dépendra de sa traduction concrète sur le terrain accessibilité des produits locaux, compétitivité des prix, organisation des filières, et surtout adhésion populaire. Une chose est sûre : désormais, au Burkina Faso, manger n’est plus un acte neutre. C’est un acte de résistance.
Drissa TRAORE de Soumeyla
Wangola médias



