Affaire Damiba : le Togo brise le silence de l’exil et ouvre une brèche contre l’impunité régionale

Le communiqué du gouvernement togolais rendu public le 19 janvier 2026 n’est pas un simple document administratif. Il constitue un acte politique fort, un signal clair envoyé à toute l’Afrique de l’Ouest : le temps des refuges dorés pour dirigeants déchus et auteurs présumés de crimes économiques est en train de s’achever.
En extradant Paul-Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso, le Togo fait un choix lourd de sens, qui tranche avec des décennies de pratiques régionales marquées par la complaisance, le silence diplomatique et la protection tacite des anciens hommes forts.
Une extradition qui rompt avec les non-dits africains
L’ex-lieutenant-colonel Damiba, longtemps présenté comme un « exilé politique », se retrouve désormais face à la justice de son pays pour des accusations graves : détournement de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment de capitaux et incitation à la commission de crimes et délits.
En validant la demande burkinabè après un examen judiciaire rigoureux, Lomé pose un acte clair : l’exil ne saurait être un bouclier contre la justice. Cette position contraste fortement avec l’attitude souvent ambiguë de certains États africains, prompts à accueillir des dirigeants renversés au nom d’une prétendue stabilité régionale.
Le Togo assume, le Burkina est attendu
Le communiqué togolais insiste sur les garanties obtenues du Burkina Faso : respect de l’intégrité physique, de la dignité humaine, droit à un procès équitable et absence de la peine de mort. Autant de précautions qui traduisent une volonté de désamorcer toute instrumentalisation internationale de cette affaire.
Mais désormais, la balle est dans le camp de Ouagadougou. Car cette extradition crée une attente immense : celle d’une justice impartiale, publique et irréprochable. Le procès Damiba ne devra ni ressembler à un règlement de comptes politiques, ni se diluer dans des lenteurs procédurales. Il sera un test grandeur nature de la crédibilité de la Révolution burkinabè.
Une coopération judiciaire qui redessine les rapports de force
Cette affaire marque également une évolution notable des relations entre États ouest-africains. En s’appuyant sur les instruments juridiques internationaux et le principe de réciprocité, le Togo et le Burkina Faso esquissent une nouvelle doctrine : la coopération judiciaire comme outil de stabilisation politique.
Ce choix est d’autant plus significatif dans un contexte régional fragilisé par les coups d’État, les menaces sécuritaires et les accusations récurrentes d’ingérences étrangères. Il suggère que la lutte contre l’impunité pourrait devenir un pilier central de la refondation étatique prônée par plusieurs régimes africains.
La fin programmée des sanctuaires d’exil ?
L’extradition de Damiba pose une question fondamentale : l’Afrique de l’Ouest est-elle en train de tourner la page des sanctuaires d’exil politique ? Si cette dynamique se confirme, elle pourrait profondément bouleverser les calculs de ceux qui, hier encore, pensaient pouvoir se soustraire à la justice en franchissant une frontière. Pour les peuples, souvent victimes silencieuses de la mauvaise gouvernance et de la prédation économique, ce geste représente un espoir : celui de voir enfin la responsabilité politique et militaire rattraper ses auteurs.
Un précédent qui engage l’avenir
Le Togo vient d’inscrire son nom dans une séquence historique sensible. En agissant, Lomé assume un rôle de faiseur de précédent. Reste à savoir si d’autres États suivront, ou si cette extradition demeurera une exception isolée dans une région encore marquée par les logiques de protection entre élites. Une chose est certaine : avec l’affaire Damiba, l’impunité a reculé d’un pas. À présent, c’est à la justice burkinabè de prouver qu’elle peut aller jusqu’au bout.
Drissa TRAORE de Soumeyla
Wangola médias



