Ahmed Fally 2.2.6, le maestro des nuits banforalaises

Il est un peu plus de 22 heures à Banfora. Dans la cour du maquis Le Cotonnier Plus, les chaises commencent à se remplir, les verres s’entrechoquent, et les conversations se mêlent au son d’une playlist soigneusement sélectionnée. Derrière la console, un homme, casquette vissée sur la tête, casque sur une oreille, ajuste le rythme d’un morceau. Les basses grondent, les pas s’échauffent sur la piste. Son nom ? Traoré Zantié Mohamed, mais dans la nuit banforalaise, tout le monde le connaît sous son pseudonyme : Ahmed Fally 2.2.6. À 32 ans, il est devenu l’un des visages incontournables de la vie nocturne locale. Pourtant, son histoire ne commence pas avec les platines, mais bien plus humblement, quelques années plus tôt.
Des parkings aux platines : une ascension inattendue !
En 2014, le jeune Ahmed est parkeur devant les maquis les plus fréquentés de Banfora : Ika Régal, Le Champion, Le My Bar. Son rôle se limite alors à surveiller les motos et accueillir les clients. Mais chaque soir, à quelques mètres de lui, les DJs font vibrer la foule. Fasciné, il observe, écoute, apprend. Son destin se précise en Côte d’Ivoire, où il devient caissier puis gérant de son premier bar. Là-bas, lors de ses pauses, il découvre Virtual DJ, ce logiciel qui deviendra son compagnon de route. Les soirées passées à tester, comprendre et expérimenter remplacent peu à peu les simples curiosités d’autrefois. « Une fois que j’ai compris l’essentiel et maîtrisé les fonctionnalités, j’ai senti que je pouvais me lancer », raconte-t-il.
Ses vrais débuts auront lieu à Banfora, au bar Tiéba, sous la houlette de feu Sanogo Amari. Un tremplin décisif qui l’installe définitivement derrière la console.

L’art de faire danser les foules !
Pour Ahmed Fally, être DJ n’est pas seulement une question de musique. C’est un art subtil qui demande intuition et écoute. « Le rôle d’un DJ, c’est de faire plaisir au public, de l’emmener dans un univers musical, de lui permettre de revivre ses souvenirs tout en découvrant les nouveautés », confie-t-il.
Sa force réside dans sa capacité à lire l’humeur de la salle et à en tirer le meilleur. Afrobeat, reggae, coupé-décalé, salsa au funky, il navigue d’un genre à l’autre avec fluidité, offrant à chacun un moment où il se reconnaît. « Un bon DJ doit savoir combiner les sons, gérer l’ambiance et surtout maîtriser son instrument », insiste-t-il.

Les ombres derrière les lumières !
Mais derrière l’image festive se cache une réalité plus rude. « La négligence de certains patrons, les conditions défavorables, la concurrence malsaine, l’hypocrisie entre collègues… », énumère-t-il, un brin amer.
Le métier souffre encore d’un manque de considération. « Pourtant, dans le monde, certains DJs sont devenus des artistes internationaux, des compositeurs, voire des figures politiques. Nous ne sommes pas de simples « metteurs de musique ». »
Face au regard parfois négatif que l’on porte sur sa profession, Ahmed Fally garde son calme. « Moi, je le gère positivement. Ce n’est pas seulement le métier de DJ qui attire les jugements, chacun a sa manière de voir les choses. »

Quand la passion est récompensée !
La reconnaissance, il l’a vécue un soir où ses employeurs ont décidé de l’honorer publiquement. Une moto et plusieurs téléphones lui sont offerts. Un geste qui, pour lui, symbolise tout : la preuve que son travail ne passe pas inaperçu, que son rôle dans le succès d’un établissement est bel et bien central. Car un DJ, dit-il, peut faire ou défaire la réputation d’un lieu. « Sa popularité, son humanisme et son professionnalisme sont des clés pour fidéliser la clientèle. »
Humilité et ambition !
On dit de lui qu’il est humble et humain. Il sourit modestement quand on lui en parle. « Je cultive ces valeurs pour rester respecté et respectable. Et surtout, je continue toujours à apprendre ». Sa vision, elle, dépasse les frontières des maquis. Il rêve d’ouvrir une entreprise spécialisée dans la vente, la location et la réparation de matériel sonore, mais aussi de former la nouvelle génération de passionnés. Pour lui, le métier de DJ pourrait devenir une solution au chômage si on le professionnalise davantage.
Aux jeunes qui l’admirent, il livre un conseil simple mais profond : « Apprenez d’abord avant d’entreprendre. Ne cherchez pas seulement l’argent. Aimez le métier, respectez vos collègues et concentrez-vous sur l’acquisition du savoir. »

En prestation au bar Tiéba
Le battement de cœur des nuits banforalaises
Chaque nuit, derrière sa console, Ahmed Fally 2.2.6 fait danser Banfora. Mais au-delà de la fête, il écrit une histoire : celle d’une génération de jeunes qui, à force de passion et de persévérance, transforment un passe-temps en véritable métier. Le DJ n’est pas un figurant de la vie nocturne, il en est l’âme. Il est le catalyseur des émotions, le promoteur des artistes, le gardien des souvenirs musicaux. Et si demain le métier était reconnu et encadré comme il le mérite, il pourrait bien devenir l’un des leviers les plus inattendus contre le chômage des jeunes.
À Banfora, les nuits vibrent, et dans ce rythme, une certitude s’impose : tant qu’il y aura des DJs comme Ahmed Fally 2.2.6, la fête ne s’arrêtera jamais.
Boubak KARAMA
Wangola Médias